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L’écrivain Mutt-Lon donne aux jeunes le goût de la littérature

Samedi 29 août 2026, à Bali, l’écrivain camerounais Mutt-Lon, lauréat du prix Ahmadou Kourouma 2014, a rencontré les passionnés de lecture du Sugook Club autour de son roman « La société des bienheureux ». Une rencontre de transmission et de découverte d’un univers littéraire profondément enraciné dans les réalités camerounaises. Laura Dave Média revient sur les contours de cette balade littéraire tenue entre 13h et 18h.

Un auteur accompli au service d’une fresque mystico-réaliste

Publié aux éditions Ifrikiya en 2025, « La société des bienheureux » plonge le lecteur dans un Cameroun où les frontières entre le réel, le mystique et l’imaginaire semblent parfois s’effacer. À travers le parcours de Keman, jeune camerounais confronté à la précarité et à la débrouillardise, Mutt-Lon construit un récit où l’argent, le pouvoir, l’amour, la sorcellerie, le mysticisme et les croyances traditionnelles s’entremêlent.

L’histoire débute en 2015, à l’entrée de Djamonomine, village d’origine du personnage principal. Keman découvre une Mercedes accidentée dont les deux occupants ont trouvé la mort. Dans les mains de l’une des victimes se trouve une mallette. Intrigué, il s’en empare et découvre, une fois à l’abri dans la maison familiale, un trésor inattendu : trente millions de francs CFA, soigneusement rangés en coupures de 10 000 francs.

Ce qui pourrait apparaître comme un coup de chance devient rapidement le point de départ d’une aventure aux dimensions mystiques. L’argent ne transforme pas seulement la condition matérielle de Keman. Il l’entraîne dans un univers où se confrontent croyances, forces invisibles, désirs, ambitions et rapports de pouvoir.

À travers cette intrigue, Mutt-Lon donne à voir une société camerounaise traversée par ses contradictions. Le lecteur est invité à s’interroger sur le rapport à l’argent, sur les imaginaires liés à la richesse, mais également sur la place des croyances et des pratiques mystiques dans la construction des destinées individuelles.

L’auteur, qui s’est imposé dans le paysage littéraire africain par une écriture nourrie de l’histoire, de la mémoire et des réalités sociales de son pays, a été révélé au plus grand public avec « Ceux qui sortent dans la nuit ». Cette œuvre lui a notamment valu le prestigieux prix Ahmadou Kourouma en 2014. Mutt-Lon s’inscrit depuis dans une littérature camerounaise contemporaine qui n’hésite pas à puiser dans les réalités locales pour construire des récits à portée universelle.

Avec « La société des bienheureux », l’écrivain poursuit cette démarche en explorant un univers où le lecteur retrouve des éléments familiers de la société camerounaise, tout en étant entraîné dans une fiction aux accents mysticoréalistes.

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La culture comme pilier et miroir de la société

Chez Mutt-Lon, la culture camerounaise ne sert pas de simple décor : elle constitue la sève même de son travail littéraire. En ancrant son univers créatif dans les croyances traditionnelles et le quotidien des populations, l’auteur fait dialoguer avec subtilité le monde visible et les forces ésotériques.

Les croyances, les traditions, les rapports à la communauté, les imaginaires liés à la sorcellerie ou encore les représentations de la richesse occupent une place importante dans son écriture. Au sujet de la culture, il affirme d’ailleurs : « On ne devrait plus avoir à se poser la question de la place de la culture parce que la culture est au commencement. C’est le socle de toute démarche qui se veut constructive ou bien prospective . Nous vivons dans une société qui est un patchwork culturel et c’est autant de richesse que nous devrions pouvoir mettre ensemble pour nous projeter dans le futur.
La culture est le paravent qui nous protège contre toutes les attaques. La culture est le viatique par lequel l’émergence arrive d’elle-même.
Sans socle culturel, sans recherche endogène et sans enseignement provenant de cette culture, il n’est pas possible d’espérer une possible émancipation.
»

Cette démarche donne à ses romans une dimension particulière : celle d’une littérature qui raconte le Cameroun depuis ses profondeurs, sans chercher à gommer ses complexités.

Mutt-Lon valorise le patrimoine immatériel tout en portant un regard critique et lucide sur la quête d’ascension sociale et le poids des réalités mystiques dans le vécu collectif.

Un héritage pour la jeunesse au Sugook Club

Face aux jeunes lecteurs, Mutt-Lon n’est pas seulement venu parler de son roman. Il a surtout ouvert une porte sur le métier d’écrivain, sur le processus de création et sur la nécessité de lire pour construire sa propre voix. Dans un contexte où certains avis affirment que les jeunes ne lisent pas assez de nos jours, Mutt-Lon propose une autre réflexion et pointe du doigt une cause qui déculpabilise ces derniers. Pour lui, «On prétend que les gens ne lisent pas assez sous nos latitudes ; ce que je conteste parce que c’est le livre qui ne circule pas assez. »

La rencontre avait pour ambition de permettre aux participants de mieux décrypter « La société des bienheureux », de comprendre les réalités qui traversent le récit et d’interroger les choix de l’auteur. Mais derrière l’analyse du roman se dessinait une ambition plus grande : donner aux jeunes le goût de la lecture et leur montrer que l’écriture peut devenir un véritable moyen d’expression et de compréhension du monde.

Pour les jeunes qui rêvent déjà de devenir écrivains, la présence d’un auteur consacré comme Mutt-Lon a nécessairement une portée particulière. Son parcours rappelle qu’une œuvre littéraire peut partir d’un territoire, d’une culture et d’expériences singulières pour atteindre un lectorat bien au-delà des frontières nationales.

Le véritable héritage de cette rencontre réside donc autant dans les enseignements tirés du roman que dans l’encouragement transmis aux jeunes participants. Arielle, participante, précise d’ailleurs que « j’ai beaucoup appris à travers la lecture et les échanges de ce Meet. L’auteur nous a édifié sur la notion de gratuité. La vie n’est pas facile et rien n’est gratuit comme on le pense. » Lire, questionner, observer sa société, puiser dans sa culture et oser raconter : autant de pistes laissées à ceux qui souhaitent, demain, prendre à leur tour la plume.

À travers cette rencontre, le Sugook Club confirme ainsi le rôle que peuvent jouer les espaces de lecture dans la construction d’une jeunesse plus curieuse, plus critique et davantage tournée vers la création.

Et au-delà de « La société des bienheureux », c’est peut-être cette idée que Mutt-Lon aura laissée aux jeunes lecteurs de Douala : les histoires qui méritent d’être racontées sont aussi celles qui naissent de ce que nous sommes, de ce que nous vivons et de ce que nous choisissons de transmettre.

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Nidelle FOYET

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