Depuis le début de l’année 2026, le Cameroun est l’image adaptée d’un théâtre de drames conjugaux. À la date où nous rédigeons cet article, 42 femmes et filles ont été tuées sous les coups d’hommes. Face à cette recrudescence des féminicides effroyables, l’artiste NDA CHI tire la sonnette d’alarme.
« Sept féminicides recensés en sept jours au Cameroun. Sept femmes. » Un triste décompte ne faiblit pas
C’est par cette statistique hebdomadaire que NDA CHI commence à exprimer une profonde exaspération vis-à-vis des réactions habituelles qui accompagnent chaque nouveau drame. Il dénonce en effet le réflexe sociétal consistant à faire porter la responsabilité de la prévention sur les victimes elles-mêmes :
« Et pendant que nous comptons encore les mortes, je sais déjà ce que nous allons recommencer à dire. On va dire aux femmes : Pars dès le premier coup. Fais attention aux signes. Ne reste pas avec un homme violent. Dénonce. Fuis. »

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Interpeller les auteurs plutôt que les victimes
Tout en reconnaissant qu’une « femme en danger doit se protéger » et qu’il « faut le dire », NDA CHI pointe du doigt l’inefficacité de cette approche unilatérale répétée depuis des années alors que « les femmes continuent de mourir ».
Pour l’artiste, le problème est mal posé : « Chaque fois qu’une femme est tuée, nous recommençons à lui expliquer, à elle, ce qu’elle aurait dû faire pour ne pas mourir […] Mais quand est-ce qu’on va sérieusement parler à celui qui tue ? »
C’est fort de ce constat qu’il décide de changer radicalement de cible :
« Alors aujourd’hui, je ne veux pas parler aux femmes. Je veux parler aux hommes. »
« Une femme ne t’appartient pas », le rappel des vérités fondamentales
S’adressant directement à la gent masculine, NDA CHI déconstruit une à une les excuses et les constructions culturelles souvent invoquées pour justifier la domination ou le passage à l’acte. Il martèle :
« Écoute-moi bien. Une femme ne t’appartient pas. Elle ne t’appartient pas parce qu’elle est ta femme. Elle ne t’appartient pas parce qu’elle est la mère de tes enfants […] Elle ne t’appartient pas parce que tu l’entretiens. Elle ne t’appartient pas parce que tu as payé son loyer. Elle ne t’appartient pas parce que tu l’as aidée. »
Si pour beaucoup encore la dot octroie culturellement une domination absolue de l’homme sur la femme, ce n’est pas le cas pour le musicien. « La dot ne fait pas d’une femme ta propriété » affirme t-il.
Pour lui, une femme ne doit pas son corps en contrepartie des dépenses d’un homme.
L’artiste insiste sur le respect absolu de la volonté et de la liberté de la femme :
« Elle veut partir ? Elle part. Elle ne t’aime plus ? Tu souffres. Elle choisit quelqu’un d’autre ? Tu souffres. Elle demande le divorce ? Vous vous séparez. Elle refuse de coucher avec toi ? Tu acceptes son refus. Elle te dit non ? C’est non. »
Il rappelle qu’aucune frustration, rupture ou humiliation ne saurait justifier le moindre acte irréparable :
« aucune douleur que tu ressens ne te donne un droit sur la vie d’un autre être humain. Une rupture n’est pas une condamnation à mort. Une infidélité n’est pas une condamnation à mort. Une humiliation n’est pas une condamnation à mort. Un refus n’est pas une condamnation à mort. Un divorce n’est pas une condamnation à mort. Et un meurtre conjugal n’est pas une « affaire de couple ». C’est un crime. »

Déconstruire la fausse masculinité et rompre le silence des hommes
NDA CHI s’attaque également aux confusions entretenues au quotidien entre amour, autorité et contrôle
« La jalousie n’est pas l’amour. La surveillance n’est pas l’amour. L’interdiction n’est pas l’amour. La possession n’est pas l’amour. La peur n’est pas le respect. Et la violence n’est pas l’autorité. »
Dans une société fortement patriacale comme c’est le cas du Cameroun, certains hommes exercent une autorité démesurée sur leurs compagnes, et n’obtiennent satisfaction que lorsqu’ils maintiennent celles-ci dans une position de faiblesse. C’est fort de ce constat que NDA CHI interpelle les hommes :
« Tu ne deviens pas plus homme parce qu’une femme a peur de toi. Tu ne deviens pas plus homme parce que tu contrôles son téléphone. Tu ne deviens pas plus homme parce que tu lui interdis de sortir. Tu ne deviens pas plus homme parce que tu décides avec qui elle peut parler. Tu ne deviens pas plus homme parce que tu peux la frapper. »
Mais le coup de gueule de l’artiste interpelle aussi la complicité passive de l’entourage masculin :
« Et maintenant, je veux parler à l’homme qui ne frappe aucune femme. Oui, toi aussi, tu es concerné. […] Il faut que des hommes commencent à arrêter les hommes. Il faut qu’un homme puisse regarder son frère dans les yeux et lui dire : » Ce que tu fais est dangereux. Arrête. » […] Parce qu’à partir du moment où tu sais qu’une vie est en danger, ton silence n’est plus de la neutralité. »
Éduquer les garçons pour bâtir l’avenir
Pour enrayer durablement cette spirale meurtrière, le lauréat de Mutzig star 2019 appelle à une transformation profonde de l’éducation transmise aux plus jeunes :
« Apprenons à nos garçons à perdre. À être déçus. À supporter une frustration. À gérer une colère. À entendre non. » Dans une société où l’homme est caractérisé par le mot « FORT », il est important d’apprendre aux hommes « À pleurer sans avoir honte. À demander de l’aide. À partir d’une situation avant de perdre le contrôle. »
NDA CHI conclut ses propos en rappelant une vérité essentielle :
« Ta masculinité n’est pas enfermée dans le corps d’une femme. Ta dignité ne se trouve pas entre ses jambes. Ton honneur ne dépend pas de son obéissance. Une femme qui te quitte ne t’enlève pas ta valeur. Une femme qui te refuse ne t’enlève pas ta virilité. Une femme qui ne t’aime plus ne t’enlève pas ta vie. Alors tu n’as aucun droit de prendre la sienne. »
Ce coup de gueule de l’artiste NDA CHI vient à point nommé à l’heure où les violences conjugales s’accentuent et que les enquêtes révèlent toujours des mobiles stériles : égos d’hommes, ruptures, crime passionnel, etc.
À travers sa prise de position, NDA CHI espère sensibiliser un large public et interpeller toutes les parties prenantes.

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Nidelle FOYET








