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Ils se cachent pour mieux exister, plongée dans l’univers des artistes africains aux identités mystérieuses

Dans l’industrie musicale, certains artistes africains ne se contentent pas de créer un son. Ils créent un personnage, un univers, une énigme. Alors que la célébrité repose généralement sur l’exposition permanente de l’image, quelques figures ont choisi le chemin inverse : cacher une partie de leur visage, brouiller leur identité ou imposer un accessoire devenu indissociable de leur nom. Du masque traditionnel de Lagbaja au visage dissimulé de Babal, en passant par les lunettes noires de Gims et le masque à franges d’Orville Peck, ces artistes ont transformé un détail physique en véritable stratégie artistique.

Lagbaja, un pionnier africain du visage invisible

Avant l’arrivée de nombreux artistes masqués sur la scène internationale, le Nigérian Lagbaja avait déjà fait du mystère son identité. De son vrai nom Bisade Ologunde, ce musicien, chanteur et saxophoniste nigérian s’est imposé dans les années 1990 avec une particularité unique : il apparaissait systématiquement le visage couvert d’un masque. Son nom d’artiste lui-même porte cette philosophie. En yoruba, « Lagbaja » renvoie à l’idée de quelqu’un dont l’identité n’est pas précisée, d’un individu anonyme ou sans visage. L’artiste veut représenter l’homme ordinaire, celui que la société voit peu mais dont la voix existe.

Son masque n’est pas un simple accessoire de scène. Il est un message qui symbolise le citoyen invisible, le peuple silencieux, mais aussi la volonté de mettre la musique avant la personne. Depuis plusieurs années, le public nigérian connait les chansons de Lagbaja sans véritablement connaître son visage. Une stratégie qui a contribué à construire sa légende.

Ils se cachent pour mieux exister, plongée dans l’univers des artistes africains aux identités mystérieuses

Mzekezeke, le personnage masqué qui a marqué le kwaito sud-africain

Dans un autre registre, l’Afrique du Sud a aussi connu un phénomène similaire avec Mzekezeke. Figure importante du mouvement kwaito, ce personnage est apparu avec une identité visuelle très reconnaissable : un masque noir couvrant son visage et une combinaison orange devenue sa marque. Mzekezeke fonctionne davantage comme un personnage de fiction. Son identité visuelle participe à son succès, car elle crée une distance entre l’artiste et le personnage. À une époque où les artistes cherchaient souvent à être vus, Mzekezeke avait choisi d’être reconnu autrement.

Dans l’industrie musicale, certains artistes africains ne se contentent pas de créer un son. Ils créent un personnage, un

Gims, les lunettes noires comme frontière entre l’homme et la star

Contrairement à Lagbaja ou Mzekezeke, Gims ne cache pas totalement son visage. Mais ses lunettes noires sont devenues un élément incontournable de son image publique. Depuis ses débuts avec la Sexion d’Assaut puis sa carrière solo, l’artiste franco-congolais apparaît avec ses célèbres lunettes teintées. Pour Gims, cet accessoire dépasse la simple question esthétique. Il représente une séparation entre Gandhi Djuna, son identité civile, et Gims, son personnage artistique. L’artiste a expliqué que retirer ses lunettes ferait perdre une partie de l’image que le public associe à lui.

Avec le temps, ses lunettes sont devenues aussi reconnaissables que sa voix. Elles entretiennent une forme de mystère autour d’un artiste pourtant mondialement connu.

Orville Peck, le cowboy masqué venu d’Afrique du Sud

Né à Johannesburg, en Afrique du Sud, avant de s’installer au Canada, Orville Peck a choisi un chemin inattendu, devenir une figure majeure de la musique country tout en gardant une partie de son identité cachée. Sa particularité ? Un masque à longues franges qui couvre son visage.

Depuis ses débuts, notamment avec son album « Pony » sorti en 2019, l’artiste construit son personnage autour de cette silhouette de cowboy mystérieux.
Ses masques, dont il possède plusieurs modèles, font partie intégrante de son univers visuel. Ils rappellent les personnages du Far West tout en créant une identité moderne, théâtrale et énigmatique.

Babal, le nouveau mystère venu du Cameroun

Au Cameroun, un nouvel artiste explore également cette logique. Babal attire l’attention par son univers musical, mais aussi par son apparence. L’artiste choisit de dissimuler son visage dans ses clips et ses apparitions publiques, créant autour de lui une forte curiosité.

À l’heure où les réseaux sociaux imposent aux artistes d’être constamment visibles, Babal prend le contre-pied. Il choisit de montrer moins pour attirer davantage l’attention. Son visage devient une question. Son identité devient un sujet. Son mystère devient un outil de communication.

Le visage caché, une nouvelle manière de construire la célébrité ?

Lagbaja, Mzekezeke, Gims, Orville Peck et Babal appartiennent à des univers différents. Pourtant, ils partagent une même idée : l’artiste ne se résume pas à son apparence. Paradoxalement, en cachant une partie d’eux-mêmes, ils ont réussi à créer une image encore plus forte.
Dans une époque dominée par l’exposition permanente, le mystère est devenu une forme de communication. Le public veut voir, comprendre, découvrir. Et parfois, c’est justement ce qui reste caché qui attire le plus les regards.

Si cet article vous a intéressé, n’hésitez pas à lire

Eve-Perec N.BEHALAL

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