Un an après la disparition de Koyo Kouoh survenue le 10 mai 2025, le Cameroun organise une série d’hommages d’envergure à celle qui a profondément transformé la perception de l’art africain contemporain à travers le monde. Ce mardi 26 mai 2026, un point de presse s’est tenu à l’espace Doual’art de Bonanjo pour dévoiler le programme officiel de ces célébrations prévues du 26 mai au 8 août 2026 autour du thème : « Souffles, pour Koyo ».

Une grande exposition de trois mois à Douala
Au cœur de cet hommage figure une importante exposition artistique organisée entre le Palais de la Culture Sawa et l’espace doual’art à Douala. Pendant près de trois mois, une quinzaine d’artistes venus d’horizons divers proposeront leurs créations inspirées par l’œuvre, la pensée et l’impact de Koyo Kouoh sur l’art contemporain africain.
Selon les organisateurs, cette exposition réunira aussi bien des pionniers de l’art contemporain que de jeunes créateurs, dans une volonté de montrer la diversité des regards que Koyo Kouoh a contribué à faire émerger sur la scène internationale.
« C’est la première fois qu’on peut avoir autant de diversité réunie », a souligné Princesse Marylin Douala Bell, présidente de Doual’art invitant le public à découvrir ces propositions artistiques inédites.

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
Talks, débats et réflexions autour de l’art africain
En parallèle de l’exposition, plusieurs talks, conférences et rencontres seront organisés autour des questions liées à l’économie culturelle, la diplomatie culturelle, le marché de l’art et la place des industries créatives dans le développement des pays africains. Pour les initiateurs du projet, ces échanges doivent permettre de repositionner la culture comme un véritable levier économique et diplomatique.
« Le Cameroun possède un formidable potentiel qui reste inexploité », a insisté la Princesse Marylin Douala Bell, rappelant l’impact du cinéma, de la musique ou encore de la mode dans l’économie nigériane.
Au programme :
Jeudi 28 mai, Vernissage de l’exposition « Souffles, pour Koyo« .
Les jeudi et vendredi 4 et 5 juin: audience avec le MINAC, table ronde, conférence diplomatique au MINREX et soirée d’hommage à la Résidence de Suisse.
Les samedi 6, 13 juin, 11 juillet : talk avec une clôture prévue le samedi 08 août 2026.

Une femme qui a changé le regard porté sur l’Afrique
Née à Douala le 24 décembre 1967 sous le nom de Marie-Noëlle Koyo Kouoh, la critique d’art et curatrice avait rejoint la Suisse à l’adolescence avant d’étudier le commerce, l’administration bancaire puis le management culturel entre la Suisse et la France. Après un passage au consulat des États-Unis, elle s’oriente définitivement vers les arts et développe une réflexion profonde autour de la représentation des « géographies noires ».
En 2010, elle fonde à Dakar le centre Raw Material Company, devenu un espace majeur de réflexion sur l’art, le savoir et la société en Afrique.
En 2019, elle prend la direction du prestigieux musée Zeitz Museum of Contemporary Art Africa en Afrique du Sud, considéré comme le plus grand musée d’art contemporain du continent africain.

Première Africaine à diriger la Biennale de Venise
La consécration mondiale arrive en 2024 lorsque Koyo Kouoh est nommée commissaire générale de la 61e édition de la Biennale de Venise, devenant ainsi la première femme africaine à occuper cette fonction historique.
Elle devait dévoiler le thème de cette édition le 20 mai 2025, jour de la fête nationale du Cameroun. Mais la curatrice décède brutalement dans la nuit du 9 au 10 mai 2025 à Bâle, en Suisse, dans les bras de son mari et de sa mère. Malgré sa disparition, le thème qu’elle avait choisi, « In Minor Keys », a été maintenu par les organisateurs de la Biennale, ouverte depuis le 9 mai dernier et qui se poursuit jusqu’au 22 novembre 2026 à Venise en Italie.


“Il y a un avant et un après Koyo”
Très émue, la promotrice culturelle Louise Abomba a rappelé durant ce point de presse l’impact immense laissé par Koyo Kouoh dans le monde artistique africain.
« Elle a politiquement installé un nouveau regard sur la création contemporaine africaine et sur la capacité que les Africains ont de s’imposer par leur travail et leur pensée », a-t-elle déclaré.
Pour Louise Abomba, Koyo Kouoh aura permis aux artistes africains de ne plus considérer leur origine comme un handicap sur la scène internationale. « Aujourd’hui toutes les géographies se valent », affirme-t-elle, estimant qu’« il y a un avant Koyo et un après Koyo ».

Un hommage porté par les acteurs culturels camerounais
Ces manifestations sont coordonnées par le Groupement des Acteurs des Industries Culturelles et Créatives du Cameroun (ACTICCC). Son président, Blaise Etoa, explique que cette mobilisation répond à un devoir de mémoire national.
« Il aurait été une faute que le monde célèbre Koyo Kouoh pendant que son propre pays reste silencieux », estime-t-il.
Pour lui, ces hommages doivent aussi permettre au Cameroun de mieux valoriser ses grandes figures culturelles, à l’image de Manu Dibango, Francis Bebey ou encore Angèle Rawiri, qui ont contribué au rayonnement du pays à l’international.
Le rêve d’un retour au Cameroun brutalement interrompu
La Princesse Marylin Douala Bell a révélé que Koyo Kouoh envisageait de revenir s’installer définitivement au Cameroun avant sa disparition. Quelques semaines seulement avant son décès, elle se trouvait encore à Douala où elle exprimait déjà son désir de rentrer au pays pour accompagner davantage les artistes camerounais.

Une volonté qui donne aujourd’hui une portée encore plus symbolique à ces hommages organisés simultanément à la Biennale de Venise en Italie, à Douala et à Yaoundé.
Ces hommages à Koyo Kouoh célèbrent ainsi bien plus qu’une figure de l’art contemporain, il rend hommage à une femme qui aura repositionné l’Afrique comme une force intellectuelle, créative et politique incontournable sur la scène mondiale.
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Ève-Pérec N.BEHALAL




