Dans la capitale du Cameroun Yaoundé, difficile de parler de taxi sans évoquer « Tchotcho de la Capitale ». Derrière ce nom devenu une véritable signature se cache un homme au parcours atypique, parti de rien et aujourd’hui à la tête d’une activité respectée, construite autour de l’idée de redonner de la dignité à un métier souvent marginalisé. Il raconte son histoire à notre rédaction.

Des racines modestes et un destin forgé très tôt
Né le 25 janvier 1985 à Baleng, dans l’arrondissement de Bafoussam II, région de l’Ouest Cameroun, Tchotcho grandit dans une famille polygamique, en tant qu’avant-dernier enfant de la concession.
« Mon véritable nom est MBOHOU Pierre Nestor. Je suis né le 25 janvier 1985 à Baleng, à Bafoussam 2, dans la Mifi. Et je suis né d’une famille polygamique. Mon père est notable à Baleng. »

Très tôt confronté aux réalités de la vie, il quitte l’école après la classe de cinquième :
« Je n’ai pas fréquenté, J’ai arrêté l’école quand j’ai réussi la cinquième mais je ne suis même pas allé en quatrième. »
Une rupture scolaire qui ne freine pourtant pas son ambition.

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
De la brouette au volant, un parcours de débrouillardise
Son histoire est celle d’une ascension progressive, construite étape par étape. Après le décès de son père en 1998, il navigue entre Akonolinga et l’Ouest du Cameroun avant de rejoindre Yaoundé.
« J’avais un ami qui vivait à Yaoundé, et quand il venait au village, les jeunes courraient derrière lui et c’est lui qui m’amène en ville. Arrivé à Yaoundé, j’ai découvert qu’il faisait la brouette au marché j’ai commencé à faire comme lui. Je suis passé par la brouette, après jai vu que ca ne portait pas grand chose, jai pris le pousse-pousse. Plus tard les motos sont arrivées j’ai fait mon permis A et je suis devenu mototaximan. Ensuite ce grand-frère est parti faire le taxi et je lui ai dit que je voulais le suivre. En 2004, je fais mon permis B mais il fallait attendre un an pour avoir le certificat d’aptitude. J’entre donc dans le taxi en 2005. »

L’idée qui change tout : valoriser le métier de taximan
C’est en observant son environnement que Tchotcho va avoir le déclic qui va transformer sa vie.
« Quand j’entre dans le taxi, je vois des taximen sales et bizarres ça me traumatisait et je me suis dit pourquoi on ne pas valoriser ce métier. »
Il impose alors un style inédit : chemise blanche, nœud papillon, propreté irréprochable. Une approche qui séduit rapidement une clientèle fidèle.

Le tournant arrive avec une cliente venue de l’étranger :
« Un jour en 2007, un client du prénom de Jimmy m’appelle et me dit que sa cousine arrive au Cameroun et que je dois aller la récupérer à l’aéroport. J’ai travaillé avec elle pendant 2 semaines. A la fin de son séjour, elle était tellement satisfaite qu’en plus de ma paie, elle m’a donnée 500.000fcfa et elle m’a montré les images de taxis en Angleterre où les taximen portaient la tenue que je porte aujourd’hui. Quand elle est partie, j’ai adopté cette tenue de 2007 jusqu’aujoud’hui. Je rends hommage à cette femme car aujourd’hui grace à elle je suis en partie ce que je suis et j’inspire plein de jeunes que je forme, je sensibilise et j’encadre car une seule main ne peut pas faire le noeud. »

Tchotcho, une marque avant tout
Bien plus qu’un simple surnom, “Tchotcho” est un héritage familial chargé de sens.
« Mon nom Tchotcho vient d’un papa que mon père avait adopté. Ce papa m’avait tellement aimé que jai dit que je vais l’honorer. J’ai ajouté « La Capitale » parceque je suis a Yaoundé. »
Aujourd’hui, ce nom est devenu une véritable identité professionnelle, reconnaissable dans toute la capitale.
Un taximan pas comme les autres
Contrairement aux idées reçues, Tchotcho ne transporte pas uniquement des célébrités, même s’il a déjà conduit des figures connues comme Meiway, Moustik Karismatik, Marcelle Kuetche, Dynastie le tigre, Indira et bien d’autres.
« Non je porte tout le monde. Je suis un taximan comme les autres. La seule différence cest ma propreté et ma tenue. »
Son concept de “taxi VIP” repose sur des valeurs simples : propreté, sécurité, courtoisie et professionnalisme.

Une réussite construite dans la durée
Aujourd’hui, Tchotcho ne cache pas sa fierté. Il possède cinq véhicules et voit plus grand.
« Aujourd’hui, je cherche les partenaires afin que Tchotcho ne soit plus seulement des taxis mais une agence de voyage pourquoi pas. »
Un projet qui témoigne de son ambition de structurer davantage son activité.

Une voix pour la jeunesse
Très suivi sur les réseaux sociaux, il est devenu une source d’inspiration pour de nombreux jeunes.
« Je suis aujourd’hui fier de voir des jeunes qui m’écrivent tous les jours. Mon seul vœu aujourd’hui, c’est de dire aux jeunes de continuer à travailler. Et malgré que c’est dur, mais c’est possible. C’est dur, mais c’est possible. »
Vie privée et humilité
Côté personnel, Tchotcho reste discret mais transparent.
« Je ne suis pas encore officiellement marié mais je vis avec une femme et j’ai des enfants »
Malgré son succès, il garde les pieds sur terre :
« Je ne suis pas encore arrivé, mais je suis toujours en train d’apprendre. »
De la brouette aux voitures, de l’anonymat à la reconnaissance, Tchotcho de la Capitale incarne une autre image du succès : celle qui se construit dans l’effort, la discipline et le respect du travail. Un parcours qui prouve qu’au Cameroun, même les métiers les plus ordinaires peuvent devenir extraordinaires, à condition d’y mettre une vision.

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Ève-Pérec N.BEHALAL




