Les audiences des 20 et 21 avril 2026 au tribunal militaire de Yaoundé ont été marquées par une intensité rare, où le fond du dossier a momentanément cédé la place à une véritable guerre procédurale entre avocats. Entre exception d’incompétence, débats sur le privilège de juridiction et contestation des rapports d’expertise, le procès de l’affaire Martinez Zogo s’enfonce dans une complexité juridique croissante.

« Le tribunal est incompétent » : la bombe lâchée par la partie civile
Tout démarre le 20 avril, lorsque Me Kemoe, avocat des ayants droit, soulève une exception majeure : selon lui, plusieurs accusés, dont des responsables de la DGRE étant officiers de police judiciaire (OPJ), ils ne devraient pas être jugés par le tribunal militaire de Yaoundé.
S’appuyant sur l’article 634 du Code de procédure pénale, il invoque un privilège de juridiction : « Il faut que ce soit le bon juge qui statue […] pour garantir une stabilité et une sécurité juridique », soutient Me Calvin Job. Une position qui vise, selon la partie civile, à garantir un procès équitable… même si cela implique un éventuel recommencement.

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La défense contre-attaque : « Une manœuvre dilatoire »
Face à cette offensive, la défense ne tarde pas à réagir. Pour Me Jacques Mbuny, avocat de Justin Danwé, cette exception n’est rien d’autre qu’une tentative de ralentir le procès : « On a sorti du chapeau une manœuvre dilatoire, toutes les questions de compétence ont déjà été réglées. » Même ligne chez Me Zacharias Ashu, qui estime que le privilège de juridiction est mal interprété : « Ces agents sont OPJ par nature, mais n’exercent pas les fonctions d’OPJ dans ce contexte. » Pour la défense, les accusés ne peuvent donc pas bénéficier de cette protection juridique spécifique.


Le Commissaire du gouvernement tranche : « Ils n’ont pas agi comme OPJ »
Dans ses observations, le Commissaire du gouvernement appuie la défense : « L’essence du privilège de juridiction est de garantir un procès équitable, mais encore faut-il que ces personnes aient agi comme OPJ. » Conclusion : selon lui, les actes reprochés n’entrent pas dans le cadre de missions judiciaires.
Décision du tribunal : rejet de l’exception
Le président du tribunal militaire met fin au débat en rejetant la demande : L’exception n’en est pas une juridiquement, L’article 634 est jugé inopérant dans ce cas, Les débats peuvent se poursuivre. Une décision qui provoque l’indignation de certains avocats de la partie civile.

« Nous sommes scandalisés » : colère des avocats
Réagissant vivement, certains conseils dénoncent une décision juridiquement contestable : « Lorsqu’il y a une exception de compétence, on ne statue pas par simple mention », fustige un avocat. Ils estiment que le tribunal aurait dû rendre une décision formelle avant dire droit (ADD), ouvrant la voie à un éventuel appel.
Témoignages clés : entre dénégations et zones d’ombre
Trois témoins du ministère public ont été entendus : Mendouga Christophe, informaticien à la DGRE : Nie toute réunion liée à Martinez Zogo; Affirme qu’aucune bande audio n’a été diffusée ;
Soutient qu’il est impossible de supprimer totalement des données ; Onana Etong Marie Anne, cadre à la DGRE : Confirme une réunion après la mort de Zogo; Évoque une indignation interne face aux arrestations. Lieutenant Bicharou Boukar, officier de sécurité : Détaille l’extraction d’images vidéos sur instruction ; Affirme ne pas avoir manipulé les données ; Laisse planer des doutes sur certains téléphones du DG
Nouveau front : les rapports d’expertise au cœur du blocage
Le 21 avril, une autre crise éclate autour du témoignage du professeur George Belbitoka, expert en cybersécurité. Problème : ses 12 rapports d’expertise ne sont pas accessibles aux avocats. Me Mboi monte au créneau : « La loi exige que ces rapports soient accessibles à toutes les parties. » Soutenu par plusieurs avocats, dont le bâtonnier Charles Tchuenguang, il demande même la nullité des rapports pour non-conformité à l’article 215 du Code de procédure pénale.
Une contestation unanime qui bloque l’audience
Fait rare, défense, partie civile et DGRE ont dénoncé une confiscation des rapports d’expertise par le Commissaire du gouvernement. Face à cette irrégularité, le tribunal a suspendu l’audition du Pr. George Belbitoka et renvoyé l’affaire aux 11 et 12 mai 2026, le temps pour chaque partie d’obtenir les documents.
Un procès qui s’enlise entre stratégie et quête de vérité
Au terme de ces deux jours d’audience, une réalité s’impose : le procès de l’affaire Martinez Zogo avance, mais au rythme des batailles juridiques. Entre accusations de manœuvres dilatoires et revendications de respect strict du droit, chaque camp campe sur ses positions. « Nous avons tous soif de justice, mais il faut que le droit triomphe », résume un avocat. La suite des débats, attendue en mai, pourrait enfin recentrer les discussions sur le fond… à condition que les tensions procédurales s’apaisent.

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Diane Laure MISSEKOU




