À l’occasion de la Journée mondiale pour la sécurité et de la santé au travail célébrée chaque 28 avril, l’émission PEOPS diffusée sur Laura Dave Média TV a consacré un numéro spécial à la question du coût humain de la réussite professionnelle. Ce numéro a reçu Dr ENYIME Fiona, médecin psychiatre à l’Hôpital général de Douala, pour analyser les effets du travail sur la santé mentale.

Le travail, un facteur de risque sous conditions
D’emblée, la psychiatre a apporté une précision importante, le travail n’est pas systématiquement nocif.
« Le travail en lui-même n’est pas un facteur de risque, mais dans certains contextes, il peut le devenir », explique-t-elle.
En cause, des environnements professionnels marqués par une pression constante, un manque de reconnaissance ou des exigences disproportionnées.

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
Surcharge et pression, la ligne rouge
La surcharge de travail devient problématique lorsqu’elle affecte directement la santé de l’individu.
« C’est le moment où l’on commence à perdre ses moyens », souligne la spécialiste. Troubles de concentration, fatigue persistante ou baisse de performance sont autant de signaux qui indiquent que la limite est atteinte.
Dans un contexte où la productivité est valorisée, ces signaux sont pourtant souvent ignorés ou minimisés.
Burn-out, comprendre l’épuisement professionnel
Le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, reste un concept parfois galvaudé. Pourtant, il désigne une réalité bien précise .
« Il y a un épuisement des ressources physiques, mentales et psychiques, qui entraîne une perte des capacités habituelles », précise Dr ENYIME Fiona.
Ce processus, progressif, peut s’installer sans que la personne ne s’en rende immédiatement compte.
Des signaux d’alerte multiples
L’épuisement professionnel se manifeste à la fois sur le plan physique, mental et psychique. « Sur le plan physique, on va parler d’une fatigabilité. Elle est liée à une sorte de fatigue qu’on a mais on n’arrive pas à récupérer. Malgré le sommeil qui devient parfois pas satisfaisant, un sommeil qui n’est même pas bon. Sur le plan mental, tout ce qui va avec tous les autres signes qui s’associent à la dépression mentale, c’est-à-dire des maux de ventre, la diarrhée, le cœur qui bat vite, des palpitations, des maux de tête intenses et sur le plan psychique , il y a de la tristesse, l’altération de l’humeur, des colères, parfois une perte de motivation, perte d’envie, peur fréquente. On n’a plus envie de se retrouver au lieu du travail
», indique la psychiatre.

Les profils à risque, le piège du perfectionnisme
Certaines personnes sont plus exposées que d’autres, notamment celles qui s’investissent fortement dans leur travail.
« Ce sont souvent des profils perfectionnistes, qui aiment ce qu’ils font et qui pensent pouvoir tout surmonter », analyse la spécialiste.
En repoussant constamment leurs limites, ces personnes finissent par négliger leur propre bien-être, jusqu’à l’épuisement.
Souffrir pour réussir, une idée à nuancer
Face à une croyance largement répandue, la psychiatre appelle à la vigilance :
« La souffrance fait partie de la vie, mais elle doit être un signal d’alerte. » Si des difficultés ponctuelles sont normales, un état de stress chronique ne l’est pas.
Dépasser ses limites de manière répétée expose à des conséquences durables sur la santé.
Reconnaître les signaux d’alerte, respecter ses limites et repenser les environnements professionnels apparaissent aujourd’hui comme des impératifs pour concilier performance et santé mentale.

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Ève-Pérec N.BEHALAL




