La médecine légale est souvent associée aux autopsies et aux salles de morgue. Pourtant, cette spécialité couvre bien d’autres missions essentielles à la manifestation de la vérité. La professeure Hélène Etté, pionnière de la médecine légale en Côte d’Ivoire, déconstruit les idées reçues et révèle les multiples facettes d’un métier qui accompagne aussi bien les victimes que la justice.
Une spécialité qui ne se limite pas aux personnes décédées
Pour la spécialiste, l’une des plus grandes idées reçues consiste à croire que le médecin légiste ne s’occupe que des personnes décédées. Une perception qu’elle juge totalement erronée.
« Beaucoup pensent que notre travail se limite à la morgue. Pourtant, nous examinons également des personnes vivantes. Nous recevons des victimes de violences physiques, sexuelles, psychologiques, des personnes agressées ou encore des victimes d’accidents. La médecine légale ne commence pas avec la mort ; elle accompagne aussi les vivants lorsqu’ils ont besoin que la justice établisse les faits. »
Elle précise que le rôle du médecin légiste consiste à constater objectivement les lésions, établir des certificats médicaux et fournir des éléments scientifiques qui serviront aux magistrats. « Nous ne sommes ni policiers ni juges. Notre responsabilité est d’observer, d’analyser et de décrire les faits médicaux avec la plus grande neutralité. »

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« Le corps raconte toujours une histoire »
Au cœur de cette spécialité se trouve la recherche de la vérité scientifique. Selon la professeure, chaque corps, chaque blessure et chaque indice biologique constitue une source précieuse d’informations. « Notre mission est de faire parler les preuves, pas les émotions. Le corps raconte toujours une histoire. Encore faut-il savoir l’écouter, l’examiner et l’interpréter avec méthode. »
Elle explique que la thanatologie permet notamment de déterminer les causes d’un décès, d’en estimer les circonstances ou encore d’établir un intervalle approximatif depuis lequel la mort est survenue.
« Derrière chaque conclusion se trouvent des observations scientifiques. Nous ne faisons aucune supposition. Nous travaillons uniquement à partir des faits que nous constatons. »
Les apparences peuvent tromper : « Certaines personnes paraissent mortes alors qu’elles sont encore vivantes »
Au cours de son intervention, Hélène Etté est revenue sur plusieurs expériences marquantes qui démontrent combien la prudence est essentielle dans ce métier.
« Il existe des situations de mort apparente. Certaines personnes présentent tous les signes qui laissent croire qu’elles sont décédées alors qu’elles sont encore en vie. Voilà pourquoi un médecin légiste ne conclut jamais sans examen rigoureux. »
Elle insiste également sur l’importance de préserver les scènes de crime. « Une scène modifiée ou un indice déplacé peut faire perdre des informations essentielles. Chaque détail compte, car il peut permettre de comprendre ce qui s’est réellement passé. »

Une vocation profondément humaine
Loin de l’image froide souvent associée à sa profession, Hélène rappelle que la médecine légale est avant tout un engagement envers les victimes et leurs familles. « Nous travaillons pour les vivants autant que pour les morts. Derrière chaque dossier, il y a des familles qui attendent des réponses, des victimes qui espèrent être entendues et une justice qui a besoin d’éléments fiables pour rendre ses décisions. »
Elle accorde également une place importante à la transmission de son savoir. « Former les futurs médecins à l’éthique est aussi important que leur enseigner la technique. Les compétences scientifiques doivent toujours être accompagnées d’un profond respect de la dignité humaine. »
À travers ce témoignage, la professeure Hélène Etté offre un regard nouveau sur une spécialité souvent entourée de mystère. Plus qu’un simple travail d’autopsie, la médecine légale apparaît comme un véritable pont entre la science et la justice, où chaque expertise contribue à faire émerger la vérité, protéger les victimes et préserver les droits de chacun.

Muriel Yanga










