Des cabarets aux grandes scènes internationales, Fadil le Sorcier a construit sa carrière en restant fidèle à son identité. Lors d’un entretien le 4 juillet 2026, l’artiste et entrepreneur est revenu sur son parcours, son attachement à la culture Bamoun, les coulisses de son succès avec Landé, mais aussi sa vision du show-business camerounais. L’occasion pour lui d’adresser un message fort aux artistes de son pays : croire davantage en leurs propres valeurs et faire de l’unité nationale une priorité.
De DJ Atalaku à artiste : une évolution presque naturelle
Avant d’être connu comme chanteur, Fadil le Sorcier a longtemps exercé comme DJ Atalaku. Une expérience qu’il considère aujourd’hui comme le socle de sa carrière artistique. Selon lui, l’animation en direct développe les mêmes qualités qu’un spectacle musical : savoir improviser, captiver le public et maintenir l’ambiance. « Un DJ Atalaku, c’est plus facile de devenir un artiste parce que tu travailles déjà en live. »
Il rappelle que plusieurs grandes figures africaines, comme DJ Arafat ou Fally Ipupa, ont également emprunté cette voie avant de devenir des stars. Si cette période lui a permis de vivre de sa passion, il reconnaît que sa carrière d’artiste lui offre aujourd’hui une toute autre dimension. « Ce que je pouvais gagner en trois mois comme DJ, je peux aujourd’hui le gagner en une journée de prestation. »

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« Landé », le pari gagnant de la culture Bamoun
Loin d’être un simple phénomène musical, « Landé » est avant tout un hommage à ses racines. Fadil explique qu’il a toujours intégré des éléments de la culture Bamoun dans ses animations, bien avant de connaître le succès : « C’est ma culture. » Le chanteur confie avoir longtemps rêvé de voir cette musique franchir les frontières, tout en doutant parfois que cela soit réellement possible. « Je me demandais si la musique Bamoun pouvait devenir un jour internationale. » Le succès de Landé lui apparaît aujourd’hui comme une récompense après plusieurs années de persévérance et de travail.
Les rencontres qui ont changé sa carrière
L’artiste reconnaît que certaines personnes ont joué un rôle déterminant dans son parcours. Il évoque notamment les conseils reçus lorsqu’il hésitait encore à abandonner les platines pour la chanson. « On m’a dit : « Tu es fort, laisse la cabine des DJ et lance-toi. » » Il revient également sur la naissance de Landé, fruit d’une collaboration avec Kocee, convaincu dès les premières écoutes du potentiel du morceau. « Quand Kocee a entendu le titre, il a tout de suite dit que le son était fort. » Pour Fadil, ces rencontres lui ont permis de franchir un cap sans jamais renier son identité artistique.

Le succès ne repose pas uniquement sur le talent
Si son ascension semble fulgurante, Fadil insiste sur l’importance de la discipline et de la stratégie dans une carrière musicale. Il estime qu’un artiste doit apprendre à distinguer la musique, le métier d’artiste et le show-business. « La musique, le showbiz et l’artiste sont trois choses différentes. Il faut savoir marcher avec les trois. » Il explique également qu’il privilégie les collaborations basées sur les valeurs humaines plutôt que sur les effets de mode. « Moi, je ne fais pas de buzz. Je fonctionne à l’énergie et à la sincérité. » Une philosophie qui guide encore aujourd’hui ses choix artistiques.
« Les Camerounais doivent croire en eux »
Fadil le Sorcier s’est aussi exprimé sur les rapports entre les scènes musicales camerounaise et ivoirienne. Pour lui, le véritable frein ne vient pas de l’extérieur mais du manque de confiance de certains artistes camerounais. « Les artistes camerounais pensent que s’ils ne collaborent pas avec des Ivoiriens, ils ne peuvent pas réussir. Il y a un Dieu pour tout le monde. » Il invite les créateurs à valoriser davantage leur propre patrimoine culturel au lieu de chercher systématiquement une reconnaissance venue d’ailleurs.
Un plaidoyer contre le tribalisme
L’un des moments les plus marquants de l’entretien reste sa prise de position contre les divisions ethniques. Fadil affirme ne pas comprendre les discours tribalistes qui refont régulièrement surface au Cameroun. « Le sang qui coule en moi, c’est le même sang qui coule en toi. » Pour lui, quelle que soit l’origine d’un citoyen, son identité camerounaise doit rester au-dessus de toute autre considération. « Tant que tu es Bassa, Douala, de l’Ouest ou du Nord, tu es Camerounais. » Il considère que ces oppositions freinent inutilement le développement du pays.
Une notoriété qu’il met désormais au service des autres
Au-delà de sa carrière, Fadil affirme vouloir transmettre son expérience aux jeunes artistes et continuer à promouvoir la culture camerounaise partout où il se produit. Entre sa fondation, ses collaborations et ses spectacles à l’international, il dit vouloir laisser un héritage qui dépasse le simple succès musical. « Le Cameroun reste le Cameroun et j’aime le Cameroun. » Pour lui, la meilleure manière de remercier son public reste de défendre les valeurs qui ont façonné son parcours : le travail, la culture et l’unité.
Confidences personnelles, retour sur son ascension et prises de position engagées, Fadil le Sorcier livre le portrait d’un artiste profondément attaché à ses racines. Convaincu que le Cameroun possède toutes les ressources pour rayonner, il invite les artistes comme le grand public à croire davantage en leur identité et à faire de l’unité une véritable force.

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Benjamin NOAH








