« Je ne chante pas, je prie. » En quelques mots, Alexandre Douala, plus connu sous le nom de Douleur, résume toute sa philosophie artistique. Au cours d’un entretien riche en confidences, le chanteur camerounais est revenu sur l’origine de son nom de scène, sa vision profondément spirituelle de la musique, son attachement au Makossa et son engagement en faveur de la transmission du patrimoine culturel camerounais.
« La musique m’a retrouvé » : les confidences d’une légende
Figure emblématique de la musique camerounaise, Alexandre Douala, connu du grand public sous le nom de Douleur, continue d’inspirer plusieurs générations. Le « Lion du Makossa » a livré un témoignage profondément humain, évoquant sa foi, son parcours, la mission qu’il s’est donnée à travers la musique et son combat pour préserver les sonorités traditionnelles du Cameroun. Avec sa voix puissante, ses textes empreints de spiritualité et ses célèbres pochettes d’albums où son visage est souvent dissimulé derrière un masque, l’artiste qui a marqué les années 1980 et 1990 demeure une référence incontournable de la musique africaine.

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« Douleur », un nom qui célèbre la vie avant la souffrance
Derrière ce nom de scène singulier se cache une symbolique bien plus profonde qu’une simple évocation de la souffrance.
Interrogé sur ce paradoxe, l’artiste explique que son nom est intimement lié à la culture douala et au cycle de la vie. « La femme porte cette souffrance. Toutes les naissances commencent par des pleurs. Le nom vient de là. C’est une douleur de joie, comme celle d’une femme qui accouche. Dans la douleur naît le bonheur. » Pour Douleur, son nom ne renvoie donc pas au malheur, mais au passage obligé qui précède toute renaissance.
« Je ne chante pas, je prie »
L’interprète de Nen Bobé a livré ce qui constitue sans doute la clé de toute son œuvre artistique. Pour lui, la musique dépasse largement le divertissement. « Je ne chante pas. Je prie. On m’a pris pour quelqu’un qui chante, mais ce que je fais, c’est de la prière. » Une déclaration qui éclaire autrement son univers musical, souvent habité par une dimension spirituelle et méditative. L’artiste affirme d’ailleurs que la musique est venue à lui presque naturellement. « La musique m’a retrouvé. Je ne savais pas comment entrer dans ce monde. C’est le hasard qui m’a donné cette vie. »
Une voix nourrie par le public
Surnommé le « Lion du Makossa« , Douleur affirme que sa puissance vocale trouve son origine dans l’amour de son public. « C’est en pensant aux miens que j’ai cette force. Je ne chante pas parce qu’il y a des gens, je chante grâce aux gens qui m’ont donné cette puissance. » Après plus de quarante ans de carrière, il reconnaît que chaque prestation reste un acte de gratitude envers celles et ceux qui continuent de le soutenir.

« Le Makossa ne mourra jamais »
Face à ceux qui estiment que le Makossa est aujourd’hui éclipsé par les musiques urbaines africaines, Douleur refuse tout discours alarmiste. Pour lui, ce patrimoine musical possède des racines suffisamment profondes pour traverser les générations.
« Le Makossa ne meurt jamais. Il vient de quelque part. Il peut souffler un peu, mais il ne disparaît pas. Comme le jazz ou la funk, ce sont des musiques qui ne meurent jamais. » L’artiste rappelle également que ce genre musical lui a été transmis par les pionniers tels que Manu Dibango et Francis Bebey, dont il se considère aujourd’hui comme l’un des héritiers.
Le festival Massaka, un pont entre les cultures
L’entretien a également permis de mettre en lumière le Festival Massaka, organisé en région parisienne, dont Douleur est l’un des ambassadeurs. L’événement ambitionne de promouvoir le patrimoine culturel camerounais à travers le Kaba, le Sanja, les traditions royales, les défilés de mode, les conférences et les prestations artistiques. Pour les organisateurs, ce rendez-vous constitue avant tout une célébration du vivre-ensemble et du métissage culturel au sein de la diaspora africaine.
« J’ai toujours laissé mes empreintes »
À l’adresse de la jeunesse, Douleur a lancé un message empreint de simplicité et de transmission. « En tant qu’artiste, j’ai toujours laissé mes empreintes. C’est la musique qui me fera toujours plaisir. » Une manière de rappeler que l’héritage ne se mesure pas seulement au succès commercial, mais aussi à la trace laissée dans les cœurs et dans la mémoire collective.
Une légende toujours debout
Plus de quatre décennies après ses débuts, Alexandre Douala continue d’incarner l’âme du Makossa. Entre spiritualité, authenticité et fidélité à ses racines, le Lion du Makossa prouve qu’au-delà des modes, certaines voix demeurent intemporelles. À travers ses mots comme sa musique, il rappelle que la culture est avant tout une histoire de transmission, de mémoire et d’identité.

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Diane Laure MISSEKOU








