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Aïcha Kudé Kalom veut redonner ses lettres de noblesse à l’artisanat africain

Alors que l’artisanat représente près de 15 % du PIB du Sénégal, Aïcha Kudé estime que ce secteur demeure insuffisamment valorisé malgré son poids économique. Fondatrice de Kudé Kalom, une entreprise spécialisée dans la fabrication de mobilier et le design d’intérieur, l’entrepreneure explique avoir choisi de mettre sa formation en développement international au service des artisans africains. Au cours d’un entretien, elle revient sur le déclic qui a changé sa trajectoire, son attachement à ses racines et sa volonté de promouvoir un artisanat alliant tradition et modernité.

Un voyage qui a bouleversé sa vision

L’entrepreneure sénégalaise explique que tout a commencé lors d’un voyage en Côte d’Ivoire, quelques mois après l’obtention de son diplôme. « En 2016, lorsque j’ai fini mon diplôme et que je suis allée en Côte d’Ivoire, lors de ma visite dans un marché artisanal, j’ai commencé à discuter avec les artisans. Quand j’ai compris qu’ils n’arrivaient pas à s’en sortir malgré la richesse de leur savoir-faire, c’est là où je me suis dit : « Il y a quelque chose à faire. » Pourquoi ne pas mettre la lumière sur ces artisans-là, montrer leur travail, montrer de quoi ils sont capables et chercher à les inspirer afin qu’ils développent davantage ce qu’ils ont entre les mains ? » Pour elle, cette rencontre a été le point de départ d’une réflexion plus large sur la place de l’artisanat dans le développement économique du continent.

Aïcha Kudé Kalom veut redonner ses lettres de noblesse à l'artisanat africain

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Kudé Kalom, un héritage devenu entreprise

La femme d’affaires révèle que son entreprise créée officiellement en 2019, est le fruit d’un héritage familial. « Au moment de créer mon entreprise, j’en ai parlé à mon père. Il m’a dit : « Pourquoi ne prendrais-tu pas tes racines comme inspiration ? » C’est après cette discussion que j’ai réellement compris d’où je venais et que c’était finalement logique que je suive cette voie. » Son père est issu d’un village de maroquiniers tandis que sa mère appartient à une famille de bijoutiers. Une histoire familiale qui, selon elle, a naturellement influencé son parcours entrepreneurial.

« Beaucoup font juste assez ou copient »

Après avoir commencé par la fabrication de sacs et d’accessoires, Aïcha s’est tournée vers la menuiserie, convaincue que ce secteur avait besoin d’un accompagnement plus poussé. « Depuis le début, le plus important pour moi, c’était la finition, le vrai travail, le fait de mettre la main à la pâte, de se donner les moyens de réussir, de faire du mieux possible et de toujours chercher à se dépasser. Beaucoup de personnes n’ont pas cette qualité dans le secteur de l’artisanat. On n’a pas tendance à faire plus. On fait généralement juste assez ou on copie. » À ses yeux, la qualité reste le meilleur moyen de valoriser durablement le travail des artisans.

Alors que l'artisanat représente près de 15 % du PIB du Sénégal, Aïcha Kudé estime que ce secteur demeure insuffisamment

« Aujourd’hui, on parle beaucoup d’afromodernisme »

L’entrepreneure défend également une nouvelle approche du design africain, inspirée des tendances contemporaines tout en restant fidèle aux traditions. « Aujourd’hui, avec Internet, on a accès à énormément d’inspirations. On parle beaucoup d’afromodernisme, c’est-à-dire le fait de fusionner la tradition avec le moderne et le contemporain. Nous faisons des recherches sur les inspirations, mais aussi sur les matières premières que nous utilisons. Nous cherchons à découvrir d’autres essences de bois présentes dans plusieurs pays africains, tout aussi durables et de qualité, mais encore peu connues. Le bois est une matière très capricieuse….» Pour elle, l’innovation passe autant par la créativité que par la maîtrise des matériaux.

Au-delà de son parcours, Aïcha souhaite démontrer que l’artisanat africain constitue un véritable levier de développement économique lorsqu’il est structuré, valorisé et associé à des standards élevés de qualité

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Muriel Yanga

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