Au cours d’une interview avec notre rédaction le 3 septembre 2026, Owona Romane Sasha, plus connue sous le pseudonyme « Sushi », s’est confiée sur son parcours d’illustratrice camerounaise indépendante basée à Douala. Si elle préfère parfois se présenter comme « dessinatrice » pour être mieux comprise, son rapport avec le dessin dépasse largement le simple fait de tracer des formes sur une feuille. Depuis l’enfance, elle utilise l’image pour donner vie à son imagination, traduire les émotions et observer autrement ceux qui l’entourent.
Une enfance marquée par l’envie de donner vie aux histoires
La relation de Sushi avec le dessin commence très tôt. Enfant, elle grandit notamment devant des dessins animés comme Le Collège fou fou fou, Lou ou encore Wakfu. Mais un souvenir précis va davantage marquer son parcours : celui d’un après-midi passé à observer son oncle dessiner des personnages de Dragon Ball Z.
« Quand j’étais petite, je regardais beaucoup de dessins animés. Mais je dirais que la personne qui m’a poussée à apprendre le dessin, c’est tonton Serges. Je ne vais jamais oublier cet après-midi où il était venu à la maison pour la première fois et s’était mis à dessiner des personnages de Dragon Ball Z. Je trouvais ça tellement fascinant que quelqu’un comme ça puisse aussi bien dessiner et moi, je voulais pouvoir aussi bien dessiner que lui. »
Cette fascination va alors provoquer une prise de conscience chez la jeune fille : les univers qu’elle admirait à l’écran étaient eux aussi le fruit du travail d’êtres humains. Son envie de dessiner prend dès lors une autre dimension.
« Je pense que c’est à ce moment-là également que j’ai compris que tous les dessins animés que je regarde sont faits par des êtres humains comme moi. C’était mon but dans la vie : réaliser des dessins animés. »

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« Je dis directement que je suis dessinatrice »
Si le dessin occupe une place importante dans sa vie, Sushi constate toutefois que le métier d’illustrateur reste encore difficile à définir pour une partie du public camerounais. Une confusion qui l’amène parfois à simplifier elle-même son titre professionnel.
« La plupart des Camerounais mettent les artistes dans le même bateau. Peintre, illustrateur, auteur de bandes dessinées, pour eux, c’est la même chose : ce sont des dessinateurs. La plupart du temps, j’évite même de me présenter en tant qu’illustratrice et je dis directement que je suis “dessinatrice”, parce que je sais d’emblée que la personne en face de moi n’a aucune connaissance de mon métier. »
Derrière cette remarque se pose ainsi une question plus large : celle de la connaissance des différents métiers qui composent l’univers du dessin et de la création visuelle.
L’être humain comme matière première
Chez Sushi, l’illustration semble surtout servir à explorer ce qui se passe derrière les apparences. Ses œuvres s’intéressent principalement à l’être humain, à sa manière de penser, à ses contradictions et à ses rapports avec son environnement.
« En général, le sujet que j’aborde dans toutes mes œuvres, c’est l’être humain et sa dualité, que ce soit sa manière de penser, la manière dont il interagit avec son environnement et ses proches. Je pense que c’est parce que je voudrais pouvoir aider les gens à mieux se comprendre. »
Une démarche qui repose sur une conviction : malgré leurs parcours différents, les individus peuvent se retrouver dans des émotions communes.
« On n’a pas tous les mêmes expériences, mais je crois au fait qu’on passe tous par les mêmes émotions et c’est important, selon moi, d’exprimer ses émotions, d’exprimer ce que l’on ressent malgré ce que la société en pense, bien sûr tout en respectant autrui. »

Dessiner lui a appris à regarder autrement
Avec les années, son activité a également transformé sa manière d’observer le monde. Pour Sushi, devenir illustratrice implique de prêter attention à des détails que l’on pourrait habituellement laisser passer.
« Être illustrateur t’amène à analyser les moindres faits et gestes des personnes qui t’entourent, de ton environnement, de la nature, même des animaux. Tu deviens hypersensible. »
Cette attention accrue aux autres semble aujourd’hui faire partie intégrante de son regard artistique.
« Je sens quand quelqu’un ne se sent pas bien, je sens quand quelqu’un est content ou est en colère ou est contrarié. J’arrive à percevoir au-delà de ce que les gens laissent sous-entendre. »
Le dessin n’est donc plus seulement pour elle un moyen de représenter ce qu’elle voit. Il devient aussi une manière de chercher ce qui se cache derrière ce qui est visible.
Donner une forme à ce que les mots racontent
Sushi tient enfin à rappeler que l’illustration ne consiste pas uniquement à savoir dessiner. L’illustrateur intervient aussi pour traduire visuellement une idée, une histoire ou un message porté par quelqu’un d’autre.
« Ce que j’aimerais que les gens comprennent du métier d’illustrateur, c’est qu’on travaille dans l’imaginaire certes, mais notre but, c’est de retranscrire les histoires et les messages des personnes qui nous sollicitent. »
Une définition qui replace l’illustration dans sa fonction première : raconter autrement. Pour Sushi, le dessin devient ainsi un langage à part entière, capable de traduire les émotions, les histoires et parfois même ce que les mots peinent à exprimer. Et dans cet univers où rien n’est totalement parfait, elle semble avoir trouvé sa propre manière de faire parler les imperfections.
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Muriel Yanga








