Au Tribunal militaire de Yaoundé, les auditions du mois de mars de l’affaire Martinez Zogo ont pris une tournure électrique : accusations croisées, révélations sur des liens familiaux, débat sur des écoutes téléphoniques et contestations autour de pièces présentées par la défense.
Une audience marathon au Tribunal militaire
Le procès relatif à l’assassinat du journaliste camerounais Martinez Zogo s’est poursuivi ce 9 mars 2026 au Tribunal militaire de Yaoundé dans une atmosphère particulièrement tendue. L’audience, qui a duré plus de dix heures, a été marquée par l’audition du commissaire de police Charlotte Angwei Mbah, ancienne cheffe du Groupement de recherche opérationnelle (GRO) au sein de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE).

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Elle comparaissait en tant que 25ᵉ témoin du ministère public. À la barre, la commissaire a expliqué le fonctionnement de cette unité stratégique chargée de coordonner les opérations sur le terrain. De son témoignage, il ressort que la mission ayant conduit à l’élimination du journaliste pourrait avoir été menée hors des procédures habituelles, laissant entrevoir d’éventuels dysfonctionnements dans la chaîne de commandement.
Amougou Belinga s’attaque à Eko Eko et Savom
L’un des moments forts de l’audience est intervenu lorsque l’homme d’affaires Jean‑Pierre Amougou Belinga, principal accusé dans cette affaire, a pris la parole lors de la phase de cross-examination.
Le président du groupe L’Anecdote a tenté d’établir l’existence d’un lien familial étroit entre l’ancien patron de la DGRE, Léopold Maxime Eko Eko, et le maire de Bibey Martin Savom. Selon lui, l’une des épouses d’Eko Eko serait la sœur de Martin Savom, ce qui traduirait une proximité familiale susceptible d’expliquer certaines complicités dans cette affaire.
La commissaire Charlotte Angwei Mbah a toutefois indiqué ne pas avoir connaissance de tels liens.


Une défense offensive et des accusations contestées
Face aux accusations portées contre lui, Jean-Pierre Amougou Belinga a fermement rejeté toute implication dans l’assassinat du journaliste. Il s’est notamment attardé sur la question des écoutes téléphoniques dont il fait l’objet depuis plusieurs années. Selon lui, si ces interceptions existaient réellement depuis 2015, elles auraient nécessairement révélé des éléments prouvant une éventuelle conspiration contre Martinez Zogo. « Pourquoi ces écoutes n’ont-elles jamais produit la moindre preuve d’un plan contre lui ? », a-t-il interrogé devant le tribunal. Dans une formule devenue virale, l’homme d’affaires a lancé : « Ce n’est qu’au Cameroun que les tables-bancs donnent des cours aux menuisiers. »
La polémique autour d’un recrutement et de transactions financières
La défense d’Amougou Belinga a également contesté certaines affirmations attribuées à l’ancien directeur de la DGRE. Il a notamment rejeté l’idée selon laquelle une certaine Claudine Meyeme aurait été recrutée au sein de la chaîne Vision 4 en guise de récompense après la disparition du journaliste. Selon lui, ce recrutement aurait eu lieu plus d’un an avant les faits.
Autre point de discorde : l’accusation selon laquelle le lieutenant-colonel Justin Danwé aurait reçu entre 2 et 3 millions de francs CFA pour mener l’opération.
Le patron du groupe L’Anecdote a jugé cette affirmation « incohérente », rappelant ses contributions financières publiques, notamment 100 millions de FCFA pour la lutte contre la Covid-19, 50 millions pour la cathédrale de Sangmélima et 500 millions pour soutenir les personnes âgées de la région du Centre.

Une audience également marquée par des tensions entre avocats
Ces journées d’audiences ont aussi été ponctuée par un incident procédural impliquant l’informaticien Thomas Alain Dimi, témoin cité par le ministère public. Lors de son interrogatoire, l’avocat de la défense, Me Claude Assira, a présenté des documents censés contredire certaines déclarations du témoin. Cette initiative a provoqué une vive contestation du commissaire du gouvernement, qui a estimé que les pièces ne figuraient pas dans le dossier officiel. Face à ce désaccord, le tribunal a décidé de renvoyer l’affaire aux 30 et 31 mars 2026, afin de permettre la production de documents en règle.

Un procès toujours sous haute tension
Trois ans après la disparition de Martinez Zogo, cette affaire continue de captiver l’opinion publique camerounaise.
Au fil des audiences, les témoignages et confrontations semblent dessiner un enchevêtrement complexe de relations politiques, sécuritaires et économiques entre les différents protagonistes. La prochaine audience, prévue ce 10 mars 2026, à vu poursuivre l’audition des témoins du ministère public dans un procès qui annoncé encore long et particulièrement scruté.
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Diane Laure MISSEKOU








