À la 61e édition de la Biennale de Venise, ouverte depuis le 8 mai 2026 à Venise, le Cameroun marque sa présence avec « NZƎNDA – Le chemin du retour », une exposition portée par la curatrice et artiste Beya Gille Gacha. À travers cette œuvre mêlant art, mémoire et transmission, le Pavillon Cameroun interroge les questions d’identité, d’héritage culturel et de reconnexion aux racines dans un contexte mondial traversé par des tensions géopolitiques et une quête collective de sens.
le Pavillon Cameroun s’impose comme l’une des voix africaines fortes
Installé à la Fondation Gervasuti, au cœur du quartier du Dorsoduro, le pavillon camerounais dépasse le simple cadre d’une exposition. Ici, chaque œuvre devient une traversée intérieure. Performances, installations, sons et sculptures dialoguent avec les mémoires africaines, les récits du retour et les enjeux de transmission culturelle. Dans cette édition marquée par l’héritage de Koyo Kouoh, curatrice camerounaise et première femme africaine désignée commissaire générale de la Biennale avant sa disparition le 10 mai 2025, le Cameroun affirme plus que jamais sa place sur la scène artistique mondiale.

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« NZƎNDA », un chemin entre héritage et réappropriation
Pour donner corps à cette vision, Beya Gille Gacha a réuni plusieurs artistes camerounais aux pratiques diverses : Jail Time Records, Sylvie Njobati, Bienvenue Fotso, Zora Snake et Neals Niat. Ensemble, ils construisent une narration collective où l’intime rencontre le politique, où les blessures de l’histoire croisent les imaginaires du futur. « NZƎNDA » signifie “le chemin du retour”. Mais ce retour n’est pas nostalgique. Il questionne les identités africaines contemporaines, la mémoire vivante et la manière dont les peuples se réapproprient leurs récits. Dans les salles du pavillon, l’Afrique ne se présente pas comme une périphérie culturelle, mais comme un centre de création, de pensée et d’innovation esthétique.





« Je vois les êtres humains comme des bijoux »
Les sculptures monumentales de Beya Gille Gacha fascinent Venise. Parmi les œuvres les plus remarquées du pavillon figurent les sculptures grandeur nature de Beya Gille Gacha, recouvertes de milliers de perles bleues. Des corps saisissants de réalisme, inspirés de personnes rencontrées au fil de sa vie et de ses voyages. L’artiste explique que cette démarche naît d’une vision profondément humaine : « J’ai tendance à voir les êtres humains comme des bijoux avec une aura, une lumière. Puis en grandissant, je me suis rendu compte que tout le monde ne voyait pas les êtres humains de cette manière-là. »
Pour elle, l’art devient alors un moyen de redonner de la valeur symbolique au corps humain : « J’ai eu envie de montrer comment moi je vois les êtres humains et comment peut-être on pourrait apprendre à se voir tous de cette manière-là. » Son travail, à la frontière entre sculpture, spiritualité et artisanat, captive autant par sa beauté que par sa charge émotionnelle.
« La perle commence à nous parler »
Une pratique artistique nourrie par les traditions bamiléké. Héritière de la tradition camerounaise du perlage, Beya Gille Gacha entretient un rapport presque mystique avec la matière qu’elle utilise.
L’artiste raconte avoir découvert cet univers dans les ateliers de sa tante, qui œuvrait à préserver cet art traditionnel.
« Quand on a un lien avec la perle, elle commence à nous parler. Elle commence à nous indiquer des choses. »
Une relation intime qui guide encore aujourd’hui sa création : « Les perles me révèlent des secrets. Elles me disent où aller et quoi faire. Les perles sont un peu comme des étoiles. » Pour obtenir le rendu si particulier de ses sculptures, l’artiste a développé sa propre technique mêlant fibres, résine minérale non toxique et cire.
Cette liberté créative, elle la revendique aussi dans son parcours atypique.
« Être autodidacte m’a permis de garder ma liberté »
Une artiste guidée par l’intuition et le voyage. Sans avoir fréquenté d’école d’art, Beya Gille Gacha revendique une approche instinctive de la création. « Être autodidacte m’a permis de garder une ouverture et une flexibilité. »
Son travail se nourrit avant tout de voyages, de rencontres et d’intuition : « Ma pratique se base vraiment sur l’intuition, sur le voyage, sur la découverte et sur la liberté. » L’artiste va même plus loin en évoquant une dimension spirituelle dans son processus créatif : « Je viens d’une tradition qui voit la pratique artistique comme une pratique magique. Je suis des instructions qu’on me donne de l’invisible. » Une vision singulière qui donne à « NZƎNDA » une dimension presque initiatique.






Une Biennale sous l’ombre lumineuse de Koyo Kouoh
« In Minor Keys », une invitation à écouter les voix discrètes du monde. Cette 61e édition de la Biennale reste profondément marquée par la pensée de Koyo Kouoh. Disparue avant l’ouverture de l’événement, la commissaire suisso-camerounaise avait conçu le projet général intitulé « In Minor Keys » (« En tonalités mineures »). Son équipe a choisi de poursuivre fidèlement sa vision : une biennale tournée vers l’écoute, la pluralité des récits et les formes de résistance poétique face au chaos du monde.
Koyo Kouoh écrivait : « Les peuples du monde sont submergés par la cacophonie anxiogène du chaos. Pourtant, la musique continue. » Elle appelait à « retrouver la radicalité de la joie », privilégiant les voix discrètes plutôt que le spectaculaire.
Dans ce contexte, le Pavillon Cameroun apparaît comme l’un des espaces les plus cohérents avec cet esprit : un lieu où l’art devient mémoire, dialogue et réparation symbolique.
Le Cameroun affirme sa puissance culturelle à Venise
Avec « NZƎNDA », le Cameroun ne vient pas simplement exposer des œuvres à Venise. Il affirme une présence, une pensée et une identité artistique contemporaine capable de dialoguer avec le monde sans renoncer à ses racines. Jusqu’au 22 novembre 2026, le Pavillon Cameroun devient ainsi l’un des visages d’une Afrique créative, libre et pleinement consciente de sa puissance symbolique.

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Diane Laure MISSEKOU








