Figure emblématique des Lions Indomptables et actuel président de l’Office National des Infrastructures et Équipements Sportifs (ONIES), Joseph-Antoine Bell lors d’une récente sortie médiatique a livré une réflexion approfondie sur les causes structurelles des difficultés du football camerounais. L’ancien gardien de but estime que les performances ne relèvent ni du hasard ni du talent naturel, mais d’une organisation rigoureuse, d’une vision à long terme et d’une véritable culture de la préparation.
« Les résultats ne poussent pas comme les cocotiers »
Au fil de son intervention, Joseph-Antoine Bell a dénoncé une manière de penser qu’il juge profondément ancrée dans la gouvernance sportive nationale. Pour lui, de nombreux responsables continuent de croire que les succès arrivent naturellement, sans véritable planification. « Les dirigeants camerounais ont l’impression que les résultats sont le produit de la nature comme sont les cocotiers et les avocatiers qui poussent chez nous. Ça pousse tout seul. » Pour l’ancien portier, cette vision explique en partie le recul progressif du football camerounais sur la scène continentale.

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
Une organisation qu’il estime insuffisante depuis plusieurs décennies
Joseph-Antoine Bell rappelle que les difficultés d’organisation ne sont pas récentes. Déjà lorsqu’il évoluait sous les couleurs des Lions Indomptables, les joueurs étaient confrontés à des insuffisances dans la préparation. « Nous les joueurs avons souffert d’un manque d’organisation de nos dirigeants. » D’après lui, malgré les générations qui se sont succédé, les mêmes erreurs continuent de se répéter, faute d’une véritable réflexion stratégique.
Le déclin des clubs camerounais comme preuve
L’ancien international s’appuie sur l’histoire pour illustrer son analyse. Il rappelle que le Cameroun fut autrefois une référence du football africain grâce aux performances de ses clubs, avant de perdre progressivement cette avance. « Le Cameroun a été le premier pays au monde à remporter les deux trophées continentaux la même année avec Union de Douala et Canon de Yaoundé. » Mais il regrette que cette domination appartienne désormais au passé : « J’ai déclaré en 1984 que nous ne gagnerions plus une Coupe d’Afrique de clubs avant dix ans… Ça fait aujourd’hui plus de quarante ans et personne ne m’a demandé pourquoi. » À ses yeux, cette absence de remise en question explique en grande partie la situation actuelle.
« Toute action part de la tête »
Pour Joseph-Antoine Bell, la reconstruction du football passe d’abord par une évolution des mentalités. Il estime que toute réussite durable repose sur la réflexion avant l’action. « Nous avons manifestement oublié que toute action part de la tête, c’est-à-dire qu’on doit penser, qu’on doit réfléchir pour exécuter quelque chose. » Il ajoute que les succès obtenus par hasard ne peuvent jamais s’inscrire dans la durée. « Si vous faites par hasard, vous pourriez bien faire une fois, mais comme vous ne réfléchissez pas, vous ferez mal les autres fois. »

L’adaptation, une qualité qui a façonné son parcours
Revenant sur sa carrière en Europe et en Afrique, Joseph-Antoine Bell explique que sa capacité d’adaptation a largement contribué à sa longévité au plus haut niveau. « L’adaptation est l’apanage des personnes intelligentes. » Habitué dès son enfance aux nombreux déplacements professionnels de son père enseignant, il affirme avoir appris très tôt à évoluer dans des environnements différents. « Il vous faut une gymnastique de l’esprit qui vous permet de vous habituer à de nouvelles personnes. » Une philosophie qu’il considère aujourd’hui encore essentielle pour réussir dans le sport de haut niveau.
Un regard lucide nourri par une carrière exceptionnelle
Satisfait de son parcours, Joseph-Antoine Bell affirme ne nourrir aucun regret sur sa carrière. « J’ai toujours tout fait pour tout donner… Je suis content de ce que j’ai fait. » L’ancien gardien rappelle également que les distinctions individuelles ou collectives ne remplacent jamais le travail quotidien et l’exigence permanente, deux valeurs qu’il estime indispensables pour retrouver le rayonnement d’autrefois.
À travers cette prise de parole, Joseph-Antoine Bell invite à dépasser les débats de circonstance pour s’interroger sur les fondements du football camerounais. Pour lui, seule une culture de la réflexion, de l’organisation et de l’anticipation permettra au pays de renouer durablement avec les sommets du football africain.

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Benjamin NOAH








