Dans un paysage musical de plus en plus dominé par les tendances mondiales, certains artistes camerounais ont fait le choix de rester profondément enracinés dans leurs identités culturelles. À travers leurs œuvres, ils valorisent les langues nationales, transmettent des traditions parfois méconnues et participent à la préservation d’un patrimoine linguistique riche mais souvent menacé. Du pays Nso aux plaines du Sahel, en passant par le terroir bassa et le royaume Bamoun, ces artistes prouvent que chanter dans sa langue maternelle n’est pas un frein à la réussite, mais peut au contraire devenir une véritable force artistique. Coup de projecteur sur cinq figures qui font vibrer les langues locales bien au-delà de leurs communautés d’origine.
1- Witty Minstrel, la fierté du peuple Nso
Originaire de Kumbo, dans la région du Nord-Ouest, Witty Minstrel s’est imposé comme l’un des artistes qui revendiquent avec le plus de fierté leur héritage culturel. Chanteur, rappeur et auteur-compositeur, il mêle les sonorités urbaines à des références issues de la culture Nso. Son titre « Be Proud », sorti en 2020, est souvent cité comme un plaidoyer en faveur de la valorisation de l’identité et de la langue Nso. L’artiste y encourage les jeunes à assumer leurs origines et à préserver leur patrimoine culturel.

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
2- Sally Nyolo, l’ambassadrice mondiale de la langue Eton
Figure incontournable de la musique camerounaise à l’international, Sally Nyolo fait rayonner depuis plusieurs décennies la culture Eton sur les scènes du monde entier. Née dans la Lékié et installée en France depuis son adolescence, elle a bâti une carrière remarquable en intégrant dans ses compositions des chants, rythmes et expressions issus de son terroir. La chanteuse interprète régulièrement ses œuvres en Eton, sa langue maternelle, tout en y associant d’autres influences musicales. Son travail a largement contribué à faire connaître le bikutsi et les sonorités de la forêt camerounaise auprès du public international.

3- Armand Biyag, la voix du patrimoine Bassa
Pianiste, chanteur et multi-instrumentiste, Armand Biyag puise son inspiration dans les rythmes traditionnels de la communauté Bassa. Son univers musical accorde une place importante au makunè, un rythme caractéristique de cette aire culturelle. Plusieurs de ses chansons sont interprétées en langue bassa et abordent des thèmes liés à la famille, au vivre-ensemble ou encore aux valeurs communautaires. En 2019, il participait notamment au projet « Adna », mot bassa signifiant « unité », destiné à promouvoir la paix et la cohésion sociale.

4- Tao, la reine du Sahel qui chante le Grand-Nord
Surnommée « la Reine du Sahel », Tao a construit sa carrière autour des sonorités et des langues du Septentrion. Née dans l’Extrême-Nord et héritière d’un double patrimoine culturel entre le Nord et le Centre du Cameroun, elle valorise particulièrement le fulfulde dans plusieurs de ses œuvres. Son titre « Jondé Ma », dont le nom signifie « Ta place » en fulfulde, illustre parfaitement cette volonté de mettre en lumière les cultures du Grand-Nord à travers la musique. Ses chansons constituent également une vitrine pour les traditions, les tenues et les valeurs sahéliennes.

5- Fadil le Sorcier, porte-étendard de la langue Bamoun
Révélé au grand public grâce au titre « Landé », Fadil le Sorcier est devenu l’un des principaux ambassadeurs du Kpalum, une danse traditionnelle du peuple Bamoun. Originaire du département du Noun, l’artiste chante régulièrement en langue bamoun et intègre dans ses productions les codes culturels de son terroir. Ses chansons mettent en avant les traditions locales, les proverbes et les valeurs ancestrales, tout en séduisant une nouvelle génération de mélomanes. À travers son parcours, il démontre qu’une langue locale peut parfaitement trouver sa place dans l’industrie musicale contemporaine.

À l’heure où certaines langues africaines peinent à se transmettre aux jeunes générations, ces artistes apparaissent comme de véritables gardiens du patrimoine culturel camerounais. Par leurs voix, leurs rythmes et leurs textes, ils contribuent à préserver des identités linguistiques précieuses tout en leur offrant une visibilité nationale et internationale.
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Ève-Pérec N.BEHALAL








