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Mvet, le trésor musical des Ekang menacé par l’oubli malgré son entrée à l’UNESCO ?

Instrument à cordes emblématique des peuples Ekang d’Afrique centrale, notamment du Cameroun, le Mvet Oyeng représente bien plus qu’un simple objet musical. Véritable mémoire vivante, il transmet depuis des siècles les récits, les épopées, les généalogies et les savoirs ancestraux. Inscrit en 2025 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, grâce à une initiative portée par le Cameroun, le Gabon et le Congo, cet héritage reste pourtant confronté à un défi majeur : sa transmission aux nouvelles générations.

Le Mvet, « le livre des livres » des Ekang

Pour l’anthropologue et ethnomusicologue camerounais Dr François Bingono Bingono, donnant de sa voix sur RFI, le Mvet occupe une place centrale dans l’identité culturelle Ekang. « Je présente le Mvet comme étant le livre des livres des Ekang. C’est le réservoir de notre connaissance et de toute notre civilisation. » À travers ses récits chantés, cet instrument conserve les origines des peuples, leurs migrations, leurs clans, leurs généalogies et leur vision du monde. « Tout cela est recentré par le dépositaire initiatique du Mvet. » Composé d’une tige centrale de raphia, de calebasses servant de caisses de résonance et de cordes tendues grâce à un chevalet, le Mvet est à la fois un instrument de musique, un art oratoire et une pratique culturelle.

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Une origine liée au monde spirituel

Selon la tradition orale rapportée par l’expert, l’histoire du Mvet remonte à une révélation mystique attribuée au patriarche Oyono Ada Ngono. « Le créateur s’est révélé en lui, lui a révélé la cosmogénèse, c’est-à-dire la création du monde et de l’univers, la théogonie, les arts et les sciences. » Après plusieurs jours plongé dans un état proche du coma, Oyono Ada Ngono aurait fabriqué le premier Mvet à partir d’un bambou de raphia afin de transmettre les connaissances reçues. « C’est une histoire millénaire et aussi mystique. » Pour les peuples Ekang, le Mvet est également un pont entre le monde visible et celui des ancêtres. « Le joueur de Mvet initié est justement l’un des ponts qui relie le monde matériel et le monde de l’au-delà. »

Une pratique initiatique qui disparaît progressivement

Si le Mvet continue de fasciner, les grands joueurs initiés deviennent de plus en plus rares. « Je suis au regret de reconnaître qu’il est devenu rarissime que l’on tombe sur des joueurs de Mvet initiés qui procèdent par cette connexion-là avec l’au-delà. » L’expert précise toutefois que cette tradition n’a pas totalement disparu. « Rarissime ne veut pas dire que ça a entièrement disparu. Il faut aller chercher loin pour encore trouver des jeunes gens qui se prêtent à cette initiation. »

Des artisans tentent de maintenir la flamme

À Yaoundé, certains passionnés continuent de fabriquer et de transmettre cet instrument ancestral. C’est le cas de Zikoko, l’un des rares fabricants encore actifs. La fabrication d’un Mvet demande patience et savoir-faire : séchage du raphia, préparation des fibres de rotin, assemblage des calebasses et réglage des cordes. Pour lui, chaque détail compte :
« Nos ancêtres avaient une parfaite maîtrise de l’art musical. Les calebasses permettent d’amplifier les sons produits par les cordes. » Mais malgré cette passion, la relève tarde à arriver. « Les jeunes manquent de volonté. Beaucoup trouvent le Mvet ringard. C’est dommage. »

Pourquoi les jeunes se détournent-ils du Mvet ?

Pour François Bingono Bingono, le désintérêt actuel est aussi lié à une perte progressive de confiance envers les savoirs traditionnels. « L’Africain reste encore sous colonisation, parfois même mentale. La jeunesse croit que la civilisation, on ne peut pas aller la chercher dans l’arrière-pays, mais plutôt dans les livres, la télévision ou en Occident. » Mais l’anthropologue reste optimiste : « Nous avons tout espoir que ces jeunes qui sont aujourd’hui déracinés se réenracineront et que l’art du Mvet en profitera inévitablement. »

Le Mvet n’est pas réservé aux initiés

Face à l’image parfois inaccessible du Mvet, l’expert rappelle que cet art possède plusieurs dimensions. « Le Mvet a deux hémisphères. Il n’y a pas que de l’initiatique dans le Mvet, il y a d’abord de l’artistique. » Selon lui, il n’est pas nécessaire que tous deviennent des initiés pour préserver cet héritage. « Nous n’avons pas besoin que tout le monde soit un initié. Mais que l’art du Mvet soit présent et que les jeunes puissent s’intéresser ne serait-ce qu’au côté artistique. »

Après l’UNESCO, l’urgence de transmettre

L’inscription du Mvet au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO représente une reconnaissance importante, mais elle ne suffit pas à garantir sa survie. « Cette inscription est simplement venue confirmer ce que nous avions déjà et conforter tous ceux qui ont pris à cœur de redonner de la valeur à l’art du Mvet. » Parmi les pistes envisagées figurent la création d’écoles de Mvet dans les communautés Ekang, l’implication des chefferies traditionnelles et l’introduction de cet enseignement dans les établissements scolaires.

Pour François Bingono Bingono, la sauvegarde du Mvet est une responsabilité collective. « Pour aller de l’avant, il vaut mieux garder la tête tournée vers l’arrière. » Une maxime qui résume l’enjeu : avancer vers l’avenir sans perdre le lien avec les racines qui fondent l’identité culturelle des peuples Ekang.

Si cet article vous a intéressé, n’hésitez pas à lire celui-ci.

Diane Laure MISSEKOU

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