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Comment X-Time a transformé une simple expérimentation en phénomène musical avec l’Adjapiano

X-Time a partagé son incroyable parcours lors de son passage télé le 12 juillet 2026. L’artiste béninois est revenu sur son enfance en internat catholique, la naissance de l’Adjapiano, les difficultés traversées avec Jice, sa vision du business musical et les ambitions qui entourent son nouvel EP « Yoyo » ainsi que son prochain album.

« J’avais à choisir entre devenir prêtre et faire la technique »

Avant d’être l’un des artisans de l’Adjapiano, X-Time était un élève brillant élevé dans des internats catholiques. L’artiste révèle qu’il a longtemps envisagé une vocation religieuse. « J’avais à choisir entre devenir prêtre et faire la technique. Au dernier moment, je me suis dit que je ne pouvais pas être prêtre. » Premier de sa classe, il s’oriente finalement vers le génie civil, une discipline dans laquelle il est diplômé. « Je construisais des maisons. Aujourd’hui, je construis des sons. Je suis devenu architecte de musique. »

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Le rap est né dans les couloirs de l’internat

Sa passion pour la musique débute à l’adolescence grâce à son père, qui lui fait découvrir les albums de rap américain, notamment ceux de Nelly. Très vite, son talent est remarqué. « On m’a envoyé représenter mon école à une compétition de rap… alors que notre établissement n’était même pas inscrit. » Cette victoire lui offre son premier passage en studio. « C’était juste pour le plaisir. Je ne pensais même pas devenir rappeur. »

« Je voulais faire mes clips parce que je n’avais pas l’argent pour les payer »

Installé à Cotonou pour ses études, X-Time se heurte rapidement au coût élevé de la production audiovisuelle. « On m’a demandé 300 000 francs pour un clip. Je n’avais évidemment pas cet argent. » Il décide alors d’apprendre seul le montage, Photoshop et la réalisation avant de devenir, avec son équipe, l’une des références du clip vidéo au Bénin. « Au départ, je voulais juste réaliser mes propres clips. Je ne pensais pas en faire un métier. »

Une génération qui a révolutionné le rap béninois

L’artiste rend hommage à toute une génération de créateurs qui ont transformé le paysage musical béninois. « On s’entraidait tous. Dès que quelqu’un apprenait quelque chose, il le partageait avec les autres. » Selon lui, cette solidarité a largement contribué à leur réussite. Avant le succès, les périodes de doute n’ont pas manqué. X-Time se souvient notamment du moment où Jice envisageait d’abandonner définitivement la musique. « Je lui ai juste laissé un message : la passion ne te quittera jamais. Un jour, la musique reviendra te chercher. » Quelques mois plus tard, Jice reprend finalement le chemin des studios.

Comment est née l’Adjapiano ?

Le phénomène est né presque par hasard.
Alors que le producteur Ronnie Beat compose une instrumentale Amapiano, X-Time lui demande d’y intégrer des sonorités traditionnelles du Gogohoun. « Dès qu’on a entendu le mélange, tout le monde s’est regardé. On s’est dit : il se passe quelque chose. » Le refrain provient même d’une ancienne chanson populaire béninoise. « On ne connaissait même pas toutes les paroles. On a appelé quelqu’un au village pour nous les rappeler. » Quelques jours plus tard, une capture d’écran envoyée sur WhatsApp devient virale et donne naissance au nom Adjapiano.

« Quand ça a explosé, tous nos plans ont changé »

Le succès du morceau bouleverse totalement leur stratégie artistique. « Quand ça pète comme ça, tous nos plans changent. On était axés sur le rap, mais on s’est dit qu’on avait trouvé quelque chose qui nous ressemblait vraiment. Ça collait à notre lifestyle, à notre image. » Pour lui, ce changement était une évidence tant le public avait immédiatement adopté cette nouvelle sonorité.

« On ne voulait pas que l’Adjapiano nous appartienne »

Contrairement aux idées reçues, X-Time explique que lui et son équipe n’ont jamais voulu monopoliser ce mouvement musical.
« Ça nous dérange quand on dit qu’on est les créateurs. On ne voulait pas que ça nous appartienne. L’Adjapiano, c’est comme le rap : chacun peut apporter sa couleur. » Il cite notamment Crisba comme exemple. « Crisba a chanté comme un Abomé sur de l’Adjapiano. C’est ça qui fait la richesse du mouvement. »

Les critiques sur le nom… et une reconnaissance internationale

Même si le mouvement est aujourd’hui largement adopté, son nom continue de susciter des débats. « Aujourd’hui encore, certains disent : « Nous, on n’est pas Adja donc on ne va pas faire de l’Adjapiano. » Pourtant la musique n’a pas de frontière ni d’ethnie. » Malgré ces critiques, l’Adjapiano franchit rapidement les frontières. Le Président de la République utilise leur musique durant la campagne électorale, tandis que Trace leur offre un mois de promotion. « Le DG de Trace nous a dit : « Je ne sais pas ce que vous racontez, mais c’est trop fort. » » Cette visibilité leur ouvre ensuite les portes de la CAF et des Fan Zones de la CAN au Maroc.

« Mon plus gros cachet ? Entre 15 000 et 20 000 euros »

L’artiste reconnaît que le succès a profondément changé sa situation financière. « Mon plus gros cachet est entre 15 000 et 20 000 euros. » Mais il rappelle que les concerts ne constituent qu’une partie de ses revenus. « Les scènes représentent environ 30 %. Le reste vient des droits d’auteur, du streaming et des contrats d’ambassadeur. »

« Le manque d’argent me fait peur »

Malgré cette réussite, X-Time avoue que sa plus grande crainte reste de manquer d’argent. « Ce qui me fait peur, c’est de me retrouver à zéro franc. » C’est d’ailleurs cette réalité qui l’a poussé à sortir son EP Yoyo avant son album. « L’album est prêt. Mais il faut beaucoup d’argent pour les clips, la promotion et tout ce qu’il y a autour. Le PAI me permet de patienter et de trouver les financements. »

« Les faux gourous de l’argent racontent des mensonges »

L’artiste dénonce les promesses irréalistes diffusées sur les réseaux sociaux. « Dire qu’on est passé de 20 000 francs à 100 millions grâce à une formation, c’est un gros mensonge. Gagner de l’argent est extrêmement difficile. » Il estime également que beaucoup de jeunes artistes surestiment l’importance des vues sur Internet. « Un million de vues sur YouTube, ça ne représente même pas un gros cachet de scène. Ce n’est pas ça qui fait les tunes. »

« La vraie richesse, c’est quand l’argent travaille pour toi »

Pour X-Time, la réussite ne se mesure pas uniquement aux revenus. « Être riche, c’est être chez soi avec son téléphone pendant que l’argent continue d’entrer. » Et d’ajouter : « Le bonheur, c’est quand ta famille est à l’abri et que l’argent travaille pour toi. »

Le plus grand conseil aux jeunes artistes : « Structurez-vous ! »

S’il pouvait revenir en arrière, il changerait une seule chose. « Je me serais structuré beaucoup plus tôt. » Le véritable déclic intervient lors d’une formation en France où il découvre l’importance des droits d’auteur, du streaming et de la gestion administrative. « J’ai découvert des artistes inconnus qui gagnaient énormément d’argent grâce aux droits d’auteur, aux radios et au streaming. C’est là que j’ai compris qu’on faisait fausse route. » Pour lui, les créateurs africains doivent absolument mieux maîtriser ces aspects. « La musique génère de l’argent à l’infini. Il y a de l’argent partout, il faut simplement apprendre où il se trouve. »

Une « saison 2 » de l’Adjapiano et un album plus mature

Après les tournées internationales, X-Time prépare une nouvelle évolution de son identité musicale. « On arrive avec la saison 2 de l’Adjapiano. On a retravaillé le son et pris en compte toutes les critiques. »
Il promet également un album plus ambitieux, avec notamment la participation de Zenab et d’une autre grande voix féminine béninoise. « C’est un Adjapiano plus mûr. Les gens vont découvrir autre chose. »

Fidèle à sa philosophie, il refuse toutefois de vivre sous la pression des chiffres. « Je n’attends rien. Je fais des sons, je les sors et j’avance. Tant que je respire, je continuerai à créer. » Son rêve, lui, reste intact. « Mon rêve, c’est de monter un jour dans un jet privé avec tous les artistes béninois pour aller représenter notre pays sur les plus grands festivals du monde. »

À travers cet entretien, X-Time dévoile le visage d’un artiste persévérant, entrepreneur et visionnaire. Derrière l’un des plus grands succès de la musique béninoise récente se cache un créateur convaincu que l’innovation, la patience, la structuration et le travail restent les véritables clés d’une carrière durable.

Si cet article vous a intéressé, n’hésitez pas à lire celui-ci.

Diane Laure MISSEKOU

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