Aux platines, elle transforme chaque ambiance en expérience. Derrière son énergie et son assurance, se cache pourtant un parcours fait de doutes, de défis et d’une détermination sans faille. Dans une vidéo immersive ce 15 mai 2026, DJ RAJ s’est livrée sans filtre sur son quotidien de femme DJ, productrice et chanteuse. Une immersion sincère dans un métier souvent idéalisé, mais dont les réalités restent méconnues.
« C’est un métier qui m’intéresse » : la naissance d’une passion inattendue
Avant les scènes, les playlists et les performances, il y a eu un simple déclic devant un clip vidéo. DJ RAJ raconte comment une curiosité presque anodine a fini par changer sa vie. « Je regardais un clip… je vois des noms d’hommes à la fin et je découvre que c’étaient des DJ. Ça m’a beaucoup intéressée parce que j’aime partager avec les gens, collaborer avec les gens. » Cette découverte lui ouvre alors une nouvelle perspective. Fascinée par cet univers où la musique devient un langage collectif, elle décide de se lancer. « Je me suis dit : “Je vais être DJ.” Et ça fait juste quatre ans que je suis DJ. » Quatre années durant lesquelles elle a construit son identité artistique entre mix, production et performance.

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Une famille entre soutien et inquiétude
Contrairement aux récits souvent marqués par l’opposition familiale, DJ RAJ explique avoir bénéficié d’une certaine liberté dans ses choix. Mais derrière ce soutien se cache une inquiétude constante : celle de la stabilité financière. « Ma famille ne m’a jamais interdit de faire quoi que ce soit. L’inquiétude, c’était surtout : “Est-ce que ce que tu fais rapporte de l’argent ?” » Une question qu’elle comprend aujourd’hui pleinement. « Comment est-ce que tu vas vivre de ta musique ? Cette question revient à chaque fois… et je les comprends parce que même pour moi, c’est un défi. » Dans un environnement où les métiers artistiques restent parfois perçus comme précaires, la jeune DJ assume les risques liés à sa passion.
« On appelle souvent une DJ pour l’esthétique avant le talent »
S’il y a un sujet sur lequel DJ RAJ se montre particulièrement lucide, c’est bien celui des préjugés visant les femmes DJs. Selon elle, l’image très esthétique de certaines artistes féminines a contribué à enfermer le métier dans des attentes superficielles. « Les femmes qui ont mis le métier de DJ en avant sont très esthétiques, très belles… et malheureusement, c’est ça qu’on a vu avant leur talent. » Résultat : beaucoup attendent davantage l’image que la performance artistique. « À chaque fois qu’on appelle une DJ, on l’appelle beaucoup pour l’esthétique. »
Elle confie même faire face à une pression implicite liée à son apparence. « Il y a cette attente de voir une femme qui met ses atouts en avant… et quand je ne le fais pas, on se demande : “Mais pourquoi je t’ai invitée ?” » Malgré cela, DJ RAJ garde confiance en l’évolution des mentalités.
« Avec le temps, celles qui se démarquent par leur travail vont changer les choses. »

L’art comme soft power : son appel aux autorités
Au-delà de son parcours personnel, la DJ plaide aussi pour une meilleure structuration du secteur culturel camerounais. Pour elle, les DJs ne peuvent évoluer sans un véritable accompagnement des artistes et des industries culturelles.
« La première étape, c’est de créer des résidences de création, accompagner davantage les festivals et les concerts. » Elle insiste également sur le rôle stratégique de la musique dans l’image du pays. « La musique est un soft power. Ça contribue au développement de notre pays et à son image. » Un discours engagé qui témoigne de sa vision plus large de l’industrie musicale.
« Ce n’est pas pour les faibles »
Mais derrière les lumières et les performances, DJ RAJ rappelle que le métier reste extrêmement instable.
« Attachez votre ceinture parce que ce n’est pas pour les faibles. » Elle compare même le milieu artistique à l’entrepreneuriat, avec ses périodes d’euphorie et ses moments de vide total. « Un jour tu es partout, sur toutes les affiches… puis le mois d’après, tu te demandes : “On m’a attachée au village ou quoi ?” »
Une réalité qu’elle décrit comme de véritables montagnes russes émotionnelles et professionnelles. « Tu as des périodes où tu es tout le temps dehors, tu ne vois même plus ta famille. » Pour elle, réussir dans l’art nécessite bien plus que du talent. « Toute personne qui fait de l’art doit comprendre qu’elle est entrepreneur. Tu dois apprendre l’éducation financière, travailler ton art et te donner à fond. »

Une femme, une vision, une identité
En seulement quatre ans de carrière, DJ RAJ s’impose déjà comme une voix inspirante d’une nouvelle génération d’artistes camerounaises qui refusent d’être réduites à leur image. À travers son parcours, elle redéfinit peu à peu la place des femmes derrière les platines : des artistes complètes, ambitieuses et conscientes des réalités de leur industrie. Et une chose est sûre : pour DJ RAJ, la musique n’est pas seulement un son. C’est une bataille, une passion et une manière d’exister.

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Diane Laure MISSEKOU




