Entre création contemporaine, réflexion identitaire et dialogue des corps, le projet Dansons avec l’Opacité prend progressivement forme sur les scènes de création camerounaises. Porté par le chorégraphe Olivier Ngoundé, la danseuse et performeuse Reine Ebong ainsi que l’artiste musicienne Flora Coula Houang, ce spectacle inspiré de la pensée d’Édouard Glissant explore les notions d’opacité, de créolisation et de coexistence dans une société camerounaise encore marquée par les fractures identitaires. À travers le mouvement, la musique et les émotions, les artistes tentent de construire une œuvre qui questionne le rapport à l’autre et la possibilité d’un “commun” au-delà des différences.
Trouver des points d’alchimie entre les corps et les émotions — Olivier Ngoundé
À la tête du projet, le chorégraphe Olivier Ngoundé voit « Dansons avec l’Opacité » comme une recherche collective où le corps devient un espace de dialogue.
« Ce n’est pas seulement sur le corps des danseurs (…) c’est un ensemble d’énergies, d’émotions, de tracés, de directions. »
Pour lui, la danse ne se limite pas à l’esthétique du mouvement. Elle devient une manière de créer des connexions invisibles entre les interprètes, les émotions et tout ce qui existe sur scène.

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C’est la cohésion, ce sont des points d’alchimie qu’il faut trouver entre les danseurs.
Pour Reine Ebong, le projet se développe dans une dynamique d’expérimentation permanente.
« Chaque jour ça monte un peu plus (…) on crée beaucoup de choses, on fait des constructions, des déconstructions. »
L’artiste décrit un travail intense où chaque répétition devient un terrain de recherche artistique et personnelle.
Selon elle, comprendre “l’opacité” passe d’abord par une appropriation intime du thème avant d’atteindre la dimension collective.
« C’est d’abord une question de perception individuelle. »
Une approche qui donne au spectacle une dimension profondément humaine et introspective.

Quand la scène devient un miroir du Cameroun
Au-delà de la danse, le projet aborde des réalités sociales sensibles, notamment la question du tribalisme au Cameroun.
Flora Coula Houang, qui intervient sur la musicalité de la pièce, explique que le spectacle s’inspire de la pensée de la créolisation développée par Édouard Glissant.
« À un moment donné, il n’y aura plus cette idée de “je suis d’ici, tu es de là-bas”. »
Pour l’artiste, le Cameroun représente un terrain symbolique fort où les identités continuent parfois de s’opposer au lieu de coexister.
« Nous allons beaucoup plus toucher ce qu’on vit dans notre pays, notamment le tribalisme. »
Une orientation artistique qui transforme la pièce en véritable réflexion sociale.

Une œuvre entre danse, musique et engagement artistique
Dans Dansons avec l’Opacité, les frontières entre les disciplines artistiques semblent disparaître. Danse, théâtre, musique et performance se croisent pour raconter une société en quête de dialogue.
Flora Coula Houang insiste d’ailleurs sur cette volonté de bâtir un espace commun malgré les différences culturelles et identitaires.
« À la fin de la journée, nous ne sommes qu’un. »
À travers cette création, les artistes espèrent ouvrir une conversation plus large sur la manière dont les Camerounais vivent ensemble malgré leurs multiples appartenances.

Entre les corps qui se cherchent sur scène et les réalités sociales qui divisent parfois hors scène, une question demeure : l’art peut-il encore devenir un espace capable de rapprocher les différences là où la société peine parfois à construire l’unité ?
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Muriel Yanga




