En 2005, il vendait un CD de cinq beats à 1 500 FCFA aux étudiants rappeurs de l’université. Vingt ans plus tard, une seule de ses productions se négocie entre 100 000 et 3 000 000 FCFA. L’histoire de Fouematio Djimeli Boris, plus connu sous le nom de Ekié Bozeur, n’est pas celle d’un coup de chance, mais celle d’une constance implacable.

Le prix de la persévérance : 20 ans de travail, une vision intacte
Contacté par la rédaction de Laura Dave Média, l’ingénieur du son, réalisateur audio, formateur du programme SOUNDLAB STUDIO, CEO de EBE et entrepreneur culturel revient sur un parcours bâti à la force du rêve et du travail. « Je n’ai pas eu de déclic. C’est ce que j’ai toujours voulu faire. J’ai été bercé par la musique depuis mon enfance… Très tôt, je voulais comprendre le processus de création. » Pour lui, la musique n’a jamais été un plan B. C’était une évidence.

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Les débuts dans l’ombre : manque de formation et incompréhension
Entre 2005 et aujourd’hui, le chemin n’a pas été linéaire. L’un des plus grands obstacles ? L’accès à la formation et à la connaissance. « Beaucoup d’ingénieurs du son au Cameroun ne sont pas formés. J’ai rencontré beaucoup de difficultés à ce niveau-là. » À l’époque, YouTube n’était pas encore une mine d’or accessible comme aujourd’hui. Pourtant, le jeune étudiant passe des heures à chercher des tutoriels, à explorer des forums, à comprendre les standards internationaux .« J’étais constamment sur internet à faire des recherches sur le son. » À cela l’incompréhension de l’entourage.
« La plus grosse difficulté, c’était l’acceptation des personnes qui ne comprenaient pas ce que j’étais en train de créer. » Mais il tient bon.
De 1 500 FCFA à plusieurs millions : la valeur du professionnalisme
Alors, comment passe-t-on de 1 500 FCFA à 3 000 000 FCFA la production ? Pour Ekié Bozeur, la réponse tient en trois mots : travail, compétence, professionnalisation.
« Ce qui a fait passer la valeur de mes productions, c’est la recherche de qualité, la recherche de compétences et la professionnalisation de mon art. » Dès 2005, il avait déjà l’intention de commercialiser son talent. Il proposait des instrumentales originales aux étudiants qui enregistraient encore sur cassettes.
« Si je vendais déjà en 2005, c’est que j’avais l’intention de commercialiser ce que je fabriquais. »
Autre facteur clé : la technologie.
« J’évolue avec mon temps. Je change mes équipements, je fais des mises à jour constantes. J’essaie d’avoir le même professionnalisme que les standards internationaux. » Et surtout, il comprend une chose essentielle : « Une grosse entreprise, ce n’est pas une seule personne. C’est toute une équipe. »

Le marché du beatmaking au Cameroun : un potentiel freiné par l’informel
Après 20 ans d’expérience, Ekié Bozeur porte un regard lucide sur l’évolution du beatmaking au Cameroun. « Le marché est légèrement croissant, mais beaucoup de beatmakers ne savent pas se vendre. »
Il déplore l’absence de structuration : peu d’inscriptions aux sociétés de droits d’auteur, manque de formalisation, faible culture entrepreneuriale. « On doit donner de la valeur à nos travaux. Montrer que les artistes sont l’iceberg, mais que nous sommes la racine. »
Un message fort pour toute une génération.
Son message aux jeunes producteurs : professionnalisez-vous ! À ceux qui rêvent de vivre de la production musicale, le CEO de EBE est clair : « Premièrement, se professionnaliser. Deuxièmement, utiliser internet. Partagez vos travaux. Répondez aux messages. Soyez moins orgueilleux. »
Il rappelle que le respect et la qualité du service font partie intégrante de la valeur d’un produit. « Quand vous allez dans les grosses entreprises, on vous reçoit poliment. La valeur passe aussi par le respect. »
Du service au label : EBE entre dans une nouvelle ère
Après avoir fonctionné comme entreprise de services de 2017 à 2025, EBE amorce un virage stratégique : devenir un label de production musicale et une entreprise audiovisuelle. Au cœur de cette nouvelle dynamique : « EBE CréaSphère », un projet ambitieux mêlant formation, accompagnement artistique et création d’un catalogue. « J’aime les choses impossibles. Mais avec beaucoup de travail et de mindset, on y arrive. »
Objectif : détecter et développer de nouveaux talents, repenser le modèle économique artistique et créer une nouvelle ressource culturelle pour le Cameroun. Autre innovation majeure : le lancement de « EBE Streaming« , une plateforme en cours de déploiement dédiée à la diffusion de productions locales.
« Nous voulons proposer une autre façon de vivre la production au Cameroun. »

Un message au jeune Ekié Bozeur de 2005
S’il pouvait parler à celui qu’il était à 13 ans, la réponse serait simple : « On l’a fait. On est arrivé. Ce qu’on a pensé depuis qu’on avait 13 ans est en train de se réaliser. » Un parcours qui prouve qu’avec vision, constance et stratégie, le talent peut devenir une industrie.
Une inspiration pour toute une génération
De 1 500 FCFA à 3 000 000 FCFA la production. De la débrouille universitaire à la structuration d’un label et d’une plateforme de streaming. L’itinéraire de Ekié Bozeur rappelle une vérité essentielle : la compétition la plus importante est celle qu’on mène contre soi-même. Et son message final résonne comme un appel : « Continuez à vous développer, restez constants et croyez en votre talent. Le succès est au bout de l’effort. » Une trajectoire inspirante pour toute une génération de créateurs africains.

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Diane Laure MISSEKOU




