mercredi, janvier 21, 2026
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ENTRETIEN AVEC… GHISLAIN DIMAÏ : “Je n’ai même pas pu savourer une année complète du succès de On ne vous a pas laissé”

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Chanteur forgé dans les cabarets et auteur de la célèbre chanson « On ne vous a pas laissé », Ghislain Dimaï revient sur son parcours marqué par les sacrifices, une opération des cordes vocales et un rêve ambitieux : offrir enfin une vraie visibilité digitale aux musiciens et instrumentistes camerounais. Au cours d’un entretien avec Laura Dave Media TV, l’artiste s’exprime.

Laura Dave Média (LDM) : Bonjour Ghislain Dimitri Mpandè et bienvenue à Laura Dave Média Tv.
Ghislain Dimaï (GD): Bonsoir et merci de l’honneur que vous faites à ma modeste personne.

LDM: Racontez-nous en quelques phrases votre enfance, vos premières rencontres avec la musique?

GD: C’est bien de marteler ici que l’un de mes prénoms, c’est Dimitri. J’avais un ami de nationalité américaine, Bender, un volontaire du corps de la paix, qui aimait bien m’appeler Dimaï. C’est comme ça qu’est né ce nom.
Ma rencontre avec la musique s’est faite pendant l’enfance, comme par challenge. J’avais pas mal de talents, j’ai fait un peu dans la communication avec le club journal, j’ai écrit quelques articles dans des organes de presse à l’Est du Cameroun. Un jour, lors d’une foire culturelle à Bertoua, j’ai vu un artiste en herbe interpréter des chansons que j’avais l’habitude de chanter au quartier et que tout le monde appréciait. Sauf que moi, je trouvais à redire dans ce qu’il faisait. Je me suis dit : « Si lui on l’appelle artiste, alors j’ai mon mot à dire dans la musique, ça veut dire que la musique a besoin de mes services.« 
Naturellement, je suis retourné à Batouri où j’étais élève. Il y avait un orchestre qui répétait à l’entrée de mon collège. Je suis arrivé, petit enfant, et je leur ai dit : « Bonsoir, je suis chanteur« . Les musiciens ont éclaté de rire. Sauf un des leurs, monsieur Jojo, à qui je rends un vibrant hommage, qui a dit : « Non, s’il dit qu’il est chanteur, permettez-lui de faire ses preuves. » Et c’est par là que tout a commencé.

GHISLAIN DIMAÏ : “Je n’ai même pas pu savourer une année complète du succès de On ne vous a pas laissé”

LDM : Quel impact les cabarets ont-ils eu dans votre carrière ?
GD : Je suis un produit de cabaret. On n’a pas concrètement d’école qui forme les musiciens au Cameroun. Le cabaret, c’est cet espace qui permet à l’artiste de se frotter au public, de faire face aux difficultés. La vie de chanteur de cabaret et la vie d’artiste confirmé sont deux expériences différentes. La pression n’est pas la même. En cabaret, vous interprétez une chanson qui cartonne, qui n’est pas de vous, et vous devez y apporter un plus. Si vous interprétez une chanson et ce n’est pas mieux que dans le disque, arrêtez, faites autre chose. L’expérience du cabaret m’a forgé. C’est pourquoi la mission que je me suis donnée, c’est de tirer justement le cabaret vers le haut et de le rendre accessible à tout le monde.

LDM : Quel est le regard que vous portez aujourd’hui sur l’utilisation de l’autotune par les jeunes artistes camerounais ?
GD : L’autotune a sa place, ça dépend de l’effet qu’on recherche. J’encadre un chanteur handicapé visuel, John l’Amour, qui fait l’autotune avec sa voix naturellement. C’est pour des sensibilités particulières, mais faire une carrière uniquement
sur l’autotune, je ne suis pas d’accord. Ça peut intervenir pour des styles particuliers, mais malheureusement, ça diminue l’ardeur au travail, la volonté de chanter juste. Mais qui suis-je ? On fait avec, c’est l’évolution du monde.

LDM : Ça veut dire que Dimaï lui également, il utilise quelquefois de l’autotune dans ses œuvres ?
GD : Pas de manière abusive en tout cas, mais de temps en temps, ça arrive.

LDM : Entre 2006 et 2012, vous participez deux fois au concours Mutzigstar. Quelles sont les leçons que vous en avez tirées et que pensez-vous aujourd’hui des concours de musique ?
GD : Ça s’appelait par le passé le Concours national de la chanson. C’est ce concours qui m’a fait quitter Bertoua. C’est une histoire que je raconte pour la première fois pour motiver ceux qui vont me suivre. J’ai fugué de chez mes parents pour me consacrer à la musique, mais je continuais d’aller à l’école. Pour m’inscrire au concours à Bertoua, j’ai eu un accident de moto avec une amie. Un enfant est rentré sous les roues de la moto. Heureusement, il n’est pas mort, mais ça a été un choc. Mon amie a pu s’inscrire, mais pas moi, car il fallait une carte nationale d’identité que je n’en n’avais pas. Je suis donc retourné voir mon père qui m’a aidé à l’établir.
Le jour de la clôture des inscriptions, on m’informe à 13h que ça se termine à 15h30. Je prends la route de Batouri pour Bertoua, une route non goudronnée à l’époque, et j’arrive vers 20h. Je ne suis pas sur la liste des candidats. Le cabaret où je chantais était le lieu des auditions, mais les musiciens ont refusé d’accompagner les candidats. Le responsable des brasseries a alors dit aux candidats d’aller à Yaoundé avec leurs maquettes. Ce soir-là, je suis retourné au cabaret pour lancer la soirée, j’ai « massacré » la scène et le responsable des brasseries a dit : « Je ne laisse pas ce candidat« . Mon nom a été écrit au stylo, j’étais le dernier candidat.
Arrivé à Yaoundé, j’ai failli être disqualifié car on avait déjà appelé mon nom deux fois avant que j’arrive. J’ai presté en tremblant. Sur 1500 candidats, j’ai été le 20ème sélectionné, puis j’ai terminé 6ème pour représenter la région du Centre à Douala. Il y a eu des péripéties, mais j’ai été maintenu dans l’équipe. C’est une expérience qui montre que ce qui est pour vous est pour vous.

Chanteur forgé dans les cabarets et auteur de la célèbre chanson "On ne vous a pas laissé", Ghislain Dimaï revient sur son parcours marqué

LDM : On va parler de la chanson « On ne vous a pas laissé » et de tout ce qui s’est passé avant.

GD : Après Mutzigstar, j’ai fait un single « Reste toi-même« . L’introduction de cette chanson a été utilisée comme générique d’une émission sportive sur une radio internationale, Africa Numéro 1, sans que je le sache. Ensuite, j’ai fait « Tout se paie ici-bas« , mon premier clip diffusé sur de grandes chaînes. « On ne vous a pas laissé » était une chanson que j’avais composée pour un autre artiste, mais suite à des malentendus, j’ai décidé de la sortir moi-même. L’inspiration m’est venue à Douala, en voyant une scène dans la rue et en écoutant la réaction d’une dame dans un taxi. Un de vos confrères m’a dit : « Ah, ça c’est une chanson que tu viens de me donner là« . J’ai aussi été inspiré par l’annonce de l’interdiction des whiskys en sachet et par la crise anglophone.
Pour l’enregistrement, j’ai voulu retrouver la chaleur du live. J’ai délogé un studio pour venir m’enregistrer dans un cabaret. Le seul technicien qui a accepté le challenge s’appelle Venant Fonyu. La facture, c’était le prix d’un album. On a enregistré en live au cabaret Le Québec, avec des musiciens de là-bas et mon batteur et percussionniste. Mon batteur est arrivé très en retard, à 3h du matin, alors que j’étais sur le point d’abandonner. Le son de batterie très particulier au début de la chanson est en fait mon batteur qui testait sa caisse claire au moment où on lançait l’enregistrement, sans le savoir. La chanson a pris en deux semaines, sans clip. C’est une longue histoire, mais ça peut inspirer des gens.

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LDM : Et qu’est-ce que ce succès a changé dans votre carrière ?
GD : J’ai été opéré des cordes vocales parce que j’ai trop travaillé sans me reposer. Je me suis fait opérer en 2018 et je n’ai même pas pu vivre une année complète du succès de ma chanson. Aujourd’hui, la santé est presque recouvrée.

LDM : Ne jamais faire confiance en un « bendskineur » qui n’a pas de cicatrice. Est-ce qu’il arrive à Ghislain de prendre la moto ? Si oui, comment est-ce qu’il choisit son « bendskineur » ?
GD : Non, non. C’est une figure de style pour dire que l’expérience est la mère des sciences et que certaines choses s’apprennent avec le temps.

LDM : En 2019, vous sortez un EP, « N’oublie pas« . Quelle est l’histoire que vous vouliez raconter à travers ce projet ?
GD : « N’oublie pas » est ma seule chanson qui me fait pleurer parce qu’elle parle de moi. C’était une période compliquée après mon opération, j’ai eu toutes sortes de propositions. C’est pour dire : « Mon ami, si tu as eu la chance de quitter la galère, n’oublie pas ceux qui t’ont aidé. Le jour de ta chute, tu peux les rencontrer« .

LDM : Comment Ghislain prend-il aujourd’hui soin de sa voix ?
GD : Je vais vous faire une confidence, je ne fais pas de vocalises. Je ne sais même pas comment en faire. Je chante naturellement. Je pense que c’est un don du ciel.

LDM : Vous n’avez peut-être pas pu profiter de votre succès à cause de la maladie, mais la musique c’est aussi un business. Comment avez-vous rentabilisé cette chanson ou vos autres projets ?
GD: Je suis un jeune entrepreneur culturel. Je me suis donné pour projet de digitaliser le cabaret. Savez-vous qu’il est facile de rendre un artiste milliardaire ? Si un million de Camerounais achètent le support d’un artiste à 1000 francs, il est milliardaire. On peut sacrifier l’argent d’une bière pour acheter le support original d’un artiste. La question reste posée.

LDM : Parlons de votre actualité, notamment de ce projet, My Digital Cabaret (Mydica), un cabaret en ligne. Quel a été le déclic et quelle en est sa mission première ?
GD : J’ai constaté que ce sont surtout les comédiens et humoristes qui bénéficient des retombées du digital. Je veux que des musiciens, des bassistes, des percussionnistes puissent être reconnus et devenir des stars grâce à ce canal. Le challenge est que chacun soit reconnu pour son instrument. Quand j’ai eu ma situation avec les cordes vocales, je me suis dit qu’il fallait que je marque mon existence avec une idée.

LDM : Quelle est la contribution que ce projet apporte sur la scène musicale camerounaise ?
GD : Il y a un aspect formation. Le live est en train d’être écrasé par le semi-live et le playback. Ce projet est une rencontre avec le vrai live, sous la pression des caméras. Il y a un aspect pédagogique, notamment au niveau des chœurs, pour que les artistes comprennent comment les harmonies se font. À long terme, on verra les fruits de ce projet.

LDM : Et comment regarder Mydica ?
GD : Le projet est en train de devenir une émission de télé, nous enregistrons des saisons. L’émission devrait passer le samedi après le journal télévisé, en simultané sur nos pages digitales (Facebook, TikTok) et à la télévision. Les gens pourront commander des chansons et soutenir les musiciens via leur téléphone. En attendant, on peut déjà s’abonner aux pages Cabaret Digital Mydica.

LDM : Qu’est-ce que vous voyez dans l’avenir pour votre carrière, des collaborations, des projets à venir ou peut-être un nouvel album ?
GD: Il y a un très, très bel album qui va s’appeler « Self-Service« , avec plusieurs rythmes pour que chacun choisisse ce qui l’arrange. Il y a pas mal de collaborations en attente. Avant l’album, un EP de quatre titres va sortir. Je voulais le sortir ce mois-ci, mais puisque je suis mon propre producteur, les moyens ont fait défaut.

LDM : En dehors de la musique, est-ce que Ghislain Dimaï fait autre chose ?
GD : Quand vous voulez manger un poisson, mangez-le sans chercher à savoir de quel sexe il est. Je suis un travailleur.

LDM : En tant que citoyen et artiste, à quelques semaines des élections présidentielles, quel est le message que vous adressez aux Camerounais concernant leurs droits civiques ?
GD : Soyez le changement que vous souhaitez voir votre pays devenir. Tout simplement.

Regardez l’interview complète en vidéo sur notre chaîne YouTube

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Entretien mené par Ève-Pérec N.BEHALAL

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