Elle est entrée à la radio presque par hasard. Elle y est restée par passion. Marie-Françoise Ewolo, c’est plus de 30 ans de journalisme radiophonique, d’audace, de rigueur et d’amour du micro. La rédaction de Laura Dave Media est allée à sa rencontre, pour un échange vibrant et sans retenue. Une vie de radio, racontée avec franchise, humour et émotion par une femme qui n’a jamais eu peur d’aimer son métier plus fort que tout.

De Yaoundé à la radio : le parcours d’une enfant de la République
Née à Yaoundé dans le quartier Etoudi, Marie-Françoise Ewolo est issue d’une famille profondément ancrée dans les valeurs du travail et de l’éducation. Son père, enseignant puis chef d’établissement, l’emmène avec lui au fil de ses affectations à travers le Cameroun. Elle vit ainsi une enfance faite de déménagements et de découvertes, avant que la famille ne revienne s’installer dans la capitale.
Rien, à ce moment-là, ne la prédestine au journalisme. Son père veut qu’elle fasse la magistrature. Mais en 1987, juste après l’obtention de son baccalauréat, un concours de recrutement à la radio nationale va changer le cours de sa vie.

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1987 : l’année où tout commence
Son cousin, alors sous-directeur au ministère de l’Information et de la Culture, l’inscrit au concours sans même la prévenir. Elle est retenue. Affectée directement à la radio, elle entre dans la rédaction à l’âge de 20 ans, sans savoir que c’est le début d’une longue et brillante carrière.
C’est dans le bureau de Joseph Marcel Ndi, qu’elle est confiée à Alain Bélibi, une légende de la maison. Il lui dit : « Voici une enfant, fais d’elle un journaliste. » Et il le fera — avec rigueur.


Une formation à la dure, pour une école de l’excellence
Les débuts sont rudes. Pendant six mois, elle écrit des brèves sans jamais passer à l’antenne. Bélibi déchire, corrige, exige. Elle s’accroche. Ce n’est qu’un an plus tard qu’il lui demande de lire, pour la première fois, le journal de 13h. Elle s’en souvient : « Il a dit : L’actualité internationale en bref, avec vous, Marie-Françoise Ewolo. »
À partir de là, la machine est lancée. Elle enchaîne les éditions : 6h, 6h30, 7h, 8h, 13h, 15h, 17h, 23h… Toutes sauf une : le 20h.
De Yaoundé à Marseille : le journalisme en héritage
En 1989, elle obtient une bourse du président de la République et intègre l’école de journalisme de Marseille. Elle y passe quatre années de formation intenses, ponctuées d’un stage au journal sportif L’Équipe Sud. Elle revient diplômée en 1993, forte d’une culture journalistique enrichie, mais toujours fidèle à l’école Bélibi.
Une voix, un style, une signature
Marie-Françoise Ewolo ne se contente pas de lire les textes. Elle les incarne. Chez elle, la voix est un instrument, travaillé chaque jour. Elle lit à haute voix Cameroun Tribune, Jeune Afrique, modifie les phrases, transforme l’écrit en oral.
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Son style est unique, reconnaissable entre mille. Elle a copié pour apprendre, puis elle a créé son propre ton. Une manière de parler au public, de raconter l’actualité, de faire vivre la radio. Sa marque.
Journaliste, mère, mais pas maman
Quand elle entre à la CRTV, elle est déjà mère de deux enfants. Mais sa vie, c’est la radio. Ses enfants sont élevés par sa mère, qu’ils appellent « maman ». À elle, ils disent « Nou ». Elle part travailler avant l’aube, rentre après minuit. Elle vit décalée, coupée de la cellule familiale.
« Je n’ai pas eu de vie de famille. Ma vie, c’était la salle de rédaction. » Une confession forte, sans amertume, mais avec une lucidité rare.

Moments forts, souvenirs gravés
Parmi les souvenirs les plus marquants de sa carrière, elle évoque le décès de Mgr Jean Zoa en 1998, survenu en pleine messe à la cathédrale, sous le regard attentif du Chef de l’État. L’annonce tombe à 12h55, comme une onde de choc dans la salle de rédaction, à cinq minutes seulement du journal. En un éclair, elle déchire le conducteur, recompose l’édition, commande un portrait et redistribue les sujets. À 14h15, le journal s’ouvre, bousculé mais magistral, un fait inédit dans l’histoire de la maison.
Générosité silencieuse, mémoire vivante
Discrète, elle a aidé des dizaines de jeunes collègues. Certains, aujourd’hui hauts placés, n’ont jamais oublié. Elle paie des avis de décès, assiste aux obsèques d’inconnus, par loyauté humaine.
Elle n’a jamais couru après l’argent. « Le journalisme est un sacerdoce », affirme-t-elle avec conviction. Pour elle, seule comptait la noblesse du métier, non les perdièmes qui en étaient l’ombre. Les enveloppes, elle les a toujours refusées, préférant la droiture aux compromissions. Pourtant, les marques de reconnaissance finissaient par frapper à sa porte d’elles-mêmes, comme ce chauffeur d’une personnalité qui surgissait parfois avec une enveloppe : « Il m’a écoutée, il a aimé. »

Aujourd’hui encore, son nom ouvre les portes
Elle est à la retraite. Officiellement. Mais ses journées commencent à 6h, les appels à 8h, les sollicitations fusent. « Je suis plus occupée maintenant que quand je travaillais », rit-elle.
Elle reçoit des propositions au Cameroun et à l’étranger. Mais pour l’instant, elle prend son temps. Elle trie, elle choisit, elle se repose. Enfin… presque.

La voix ne s’est jamais tue
Marie-Françoise Ewolo n’a pas eu de gloire tapageuse. Mais elle a eu la reconnaissance du métier, l’amour du public, la fidélité de ses auditeurs. Aujourd’hui encore, des gens s’arrêtent pour lui dire : « Je vous écoutais. Vous m’avez marquée. »
Et elle découvre, avec émotion, l’empreinte qu’elle a laissée.
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Vanessa BAHO





