22 janvier 2023- 22 janvier 2026, Il y a trois ans jour pour jour, la dépouille de Martinez Zogo, célèbre journaliste et animateur de l’émission Embouteillages sur Amplitude FM, était retrouvée dans un terrain de la banlieue de Yaoundé. Enlevé cinq jours plus tôt, le journaliste était connu pour ses dénonciations répétées des dérives et détournements impliquant des personnalités puissantes. Son assassinat avait provoqué une onde de choc nationale et internationale, relançant le débat sur la liberté de la presse et la sécurité des journalistes au Cameroun.

Un procès inédit et lourd de révélations
Trois années après, le procès se déroule actuellement devant le tribunal militaire de Yaoundé. Dix-sept personnes sont poursuivies, dont plusieurs hauts cadres de la DGRE, le service de contre-espionnage camerounais. Selon Maître Calvin Job, avocat de la famille Zogo, les premières audiences ont permis de comprendre un point essentiel : « Les débats ont révélé une sorte de privatisation des services de renseignement. Des individus ont utilisé des moyens de l’État en dehors de la chaîne de commandement officielle pour enlever Martinez Zogo. »

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L’avocat précise qu’il ne s’agit pas, à ce stade, d’un “crime d’État” décidé au sommet du pouvoir, mais bien d’un assassinat commis avec les moyens de l’État, par des personnes qui les ont détournés à des fins personnelles et politiques.
Un mobile politique qui se précise
Les témoignages et l’écoute des archives sonores des émissions de Martinez Zogo permettent peu à peu de reconstituer le puzzle. « Le mobile est clairement politique. Martinez dénonçait des détournements de fonds publics. Les personnes mises en cause avaient intérêt à ce qu’il se taise », explique Maître Job.
Sans affirmer que l’objectif initial était de le tuer, l’avocat estime que la volonté de faire taire le journaliste est aujourd’hui établie.

Des “poids lourds” devant la justice
Parmi les accusés figurent notamment :
Léopold Maxime Eko Eko, ancien patron de la DGRE; Justin Danwe, ex-directeur des opérations; L’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga; Le maire de Bibey, Stéphane Martin Savom. Les rôles exacts de chacun restent à préciser, mais les auditions pointent vers une organisation interne pilotée autour du colonel Danwe, avec des relais extérieurs.
Une justice jugée trop lente
Les audiences ont lieu deux jours toutes les trois semaines. Pour Maître Calvin Job, ce rythme est insuffisant : « Le ministère public a près de quarante témoins. À ce rythme, la procédure n’avance pas. La famille est épuisée par cette lenteur. » Il plaide pour l’organisation de véritables sessions continues afin d’accélérer la manifestation de la vérité.
Une famille à bout, entre espoir et résignation
Trois ans après, la dépouille de Martinez Zogo est toujours sous scellés à la morgue. La famille n’a pas encore pu l’enterrer.
« Aujourd’hui, la famille est désabusée. Elle est dans une logique de “advienne que pourra”. Elle veut juste, au moins, connaître un jour la vérité », confie l’avocat. Le corps est toujours considéré comme une pièce à conviction, en raison des expertises et contestations autour de l’enquête.

Une affaire symbole pour la liberté de la presse
Au-delà du drame familial, l’affaire Martinez Zogo est devenue un symbole : celui des risques encourus par les journalistes qui enquêtent sur la corruption et les abus de pouvoir. Jusqu’à ce jour, la justice avance, lentement. Mais pour la famille, pour la profession et pour l’opinion publique, une seule attente demeure : que toute la lumière soit faite.

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Diane Laure MISSEKOU





