L’inscription du Mvet Oyeng sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO marque une étape historique pour les communautés Ekang d’Afrique centrale. Derrière cette reconnaissance internationale, des femmes et des hommes œuvrent depuis des années à préserver, pratiquer et transmettre cet art ancestral. Parmi eux, Scienty Ekoro, musicien-conteur, se distingue comme l’une des figures contemporaines qui font vibrer le Mvet dans le présent.
De son nom initiatique Ekoro Evina Nguéma, Scienty Ekoro revendique d’emblée une filiation assumée. Issu d’une lignée de poètes-conteurs et de musiciens, il se présente comme un héritier, mais surtout comme un passeur. « Je fais simplement vibrer le Mvettt dans le présent sans le dénaturer. Je garde son souffle sacré, mais je lui donne un micro, une scène moderne et un public nouveau », confie-t-il à la rédaction de Laura Dave Media. Chez lui, l’essence demeure, tandis que la forme évolue.

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Dans sa vision, il est important de lever toute confusion : le Mvet désigne la pratique artistique dans son ensemble – un art total mêlant musique, parole, histoire, généalogie et sagesse – tandis que le Mvett Oyeng n’est que l’instrument de musique qui accompagne cette tradition plurielle. Une précision essentielle pour comprendre la profondeur de cet héritage.
Pour Scienty Ekoro, le Mvet est bien plus qu’un art : « C’est notre boussole ». Il reconnecte les peuples Ekang à leurs racines, à leurs héros et à leur mémoire collective. Face à une jeunesse souvent coupée de ses repères culturels, le Mvet agit comme un miroir identitaire, une force intérieure longtemps négligée.
Son rôle dans l’inscription du Mvet au patrimoine immatériel de l’UNESCO s’inscrit dans cette logique. Le dossier reposait sur trois piliers fondamentaux : la sauvegarde, la pratique et la transmission. Sur ces deux derniers axes, Scienty Ekoro a joué un rôle décisif. Il est allé à la rencontre des enfants dans les écoles primaires, a documenté et vulgarisé le Mvet, multiplié les performances et porté la voix de cet art devant diverses instances culturelles. « Transmettre le souffle sacré, c’est inspirer les plus jeunes à se réapproprier leur patrimoine », explique-t-il.

S’il salue cette reconnaissance internationale, pour lui, cette victoire est aussi un avertissement. Il compare le Mvet à un arbre de la forêt équatoriale dont certaines racines ont été violemment attaquées par la colonisation. « Aujourd’hui, nous avons choisi de l’arroser avec la tradition et de le fertiliser avec l’innovation », souligne-t-il, appelant à éviter toute folklorisation de cet art.
Alors que la communauté Ekang représente près de 20 % de la population camerounaise, on compte à peine une poignée de conteurs de Mvet capables de porter cet héritage. Pour Scienty Ekoro, l’urgence est de : former, créer des espaces d’apprentissage et investir dans les détenteurs de savoirs, avec un accompagnement réel des États.
Entre création, transmission et diplomatie culturelle, l’artiste entend poursuivre son engagement. « Je crée pour inspirer, je transmets pour que le Mvett ne s’éteigne pas, et je le fais rayonner comme outil de paix, de mémoire et d’unité », conclut-il, non sans adresser un mot de gratitude à ceux qui continuent « d’écouter et de prêter attention au souffle sacré du Mvett ».

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Sidoine FEUGUI





