Une reconnaissance historique vient d’être accordée au cœur de l’Afrique centrale. Le Mvet Oyeng, l’art épique, les pratiques et savoir-faire associés à la communauté Ekang, a été inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Cette décision, adoptée lors de la 20ème session du Comité intergouvernemental tenue entre le 8 et le 11 décembre 2025, sacre une candidature multinationale portée conjointement par le Cameroun, le Congo et le Gabon.
Le Mvet Oyeng est bien plus qu’une simple performance ; c’est la colonne vertébrale de l’identité Ekang, un art total qui entremêle récit, chant, danse, et philosophie.
Le Mvet : instrument historique, rite initiatique et sagesse
L’art du Mvet est indissociable de son instrument éponyme. Historique et essentiel, le Mvet est un instrument à cordes traditionnel dont la structure même est chargée de symboles. L’instrument est composé d’une tige de bambou surmontée de trois calebasses et un chevalet central et des cordes .

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Le Mvet, et les récits qui l’accompagnent, sont les dépositaires de l’histoire et des principes de vie. Comme le confirme Jean Paul Biteke, un Mbômo-mvet (conteur de mvet):
«Le Mvet est un instrument historique. Il nous rappelle, il nous enseigne tout ce qui se passe ou qui s’est passé au temps jadis. »
Le Mvet est fondamentalement un rite initiatique. Venant Zue Ntougou, membre fondateur de l’ONG « Génération Ekang » , le décrit comme le fondement spirituel de la communauté :
« Le Mvet est un rite initiatique du peuple Ekang. Il s’agit d’un livre des livres, le livre de sagesse chez les Ekangs. Cette sagesse a été consignée en tant que parole du créateur. »
Ce créateur, nommé Eyo (l’Incrié), a transmis sa voix à Oyono Adangon, le premier diseur, dont chaque Mbômo-mvet doit se réclamer pour légitimer son récit.

Le « Corps de Garde », temple de la fabrication de l’humain
Le lieu de la performance est tout aussi sacré. Le Mvet se dit dans le corps de garde, un espace communautaire unique. Selon Sieur Biteke, ce lieu est le cœur de la transmission sociale :
« Le corps de garde c’est ce temple-là qui initie les gens à la sagesse, aux responsabilités sociétales, à comment prendre soin de la progéniture, c’est-à-dire du devenir de la nation ou d’une communauté. Le corps de garde c’est là où on fabrique l’humain proprement parlant. »
La performance est interactive : le diseur proclame debout tandis que l’assistance est assise, tenant des baguettes pour accompagner le chant et le récit. Ce rythme collectif symbolise la participation de tous au « chant » de la création.

Les défis de la transmission face à la modernité
L’inscription à l’UNESCO intervient à un moment critique pour la transmission. L’apprentissage du Mvet était traditionnellement un processus long et exigeant.
Angèle Christine Ondo, chercheuse, spécialiste du Mvet et écrivaine, déplore la raréfaction des maîtres et la pression de la vie moderne :
« C’est vrai qu’aujourd’hui, avec la vie moderne, la scolarité de type occidental, c’est difficile que des disciples de Mvet aillent comme autrefois s’installer chez les maîtres pour apprendre le Mvet.»
Elle rappelle l’ampleur de cet apprentissage initiatique : les jeunes devaient d’abord apprendre à fabriquer l’instrument, puis à jouer les accompagnements (sonnailles, clochettes, baguettes), et enfin à « fabriquer des poèmes », de la dramaturgie, tout en s’initiant à la généalogie du Mvet et à la connaissance ésotérique de la civilisation Ekang.

Régulation sociale et éducation
Au-delà de l’histoire, le Mvet est un outil de régulation sociale. Il est utilisé comme une sorte de tribunal ou de conseil moral au sein de la communauté.
Ferdinand Akoulanze, chef coutumier Fang, illustre ce rôle éducatif :
« Il y a de l’éducation dans le mvet parce si un couple à un problème, un Mbômo-mvet peut lui éduquer la femme comment vivre dans le mariage ».
L’inscription du Mvet Oyeng garantit un soutien international pour sauvegarder ces pratiques. Elle engage les trois États parties à protéger ce trésor philosophique et artistique, afin que le « Livre des Livres » continue de guider les peuples Ekang.
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