Pendant longtemps, la télévision était la porte d’entrée de la musique camerounaise. Passer sur les médias traditionnels était un rite initiatique. Aujourd’hui, tout a changé : réseaux sociaux, YouTube et street-buzz permettent à une nouvelle génération de percer sans jamais passer à la télé. De Yaoundé à Douala, dans les quartiers et au creux des smartphones, ces artistes ont bâti leur célébrité ailleurs : virale, brute, incontrôlable. Voici leur histoire.
Jovi- Le silence avant le tonnerre
Un soir de 2012, un appartement modeste à Yaoundé. Une pièce à peine éclairée par l’écran d’un ordinateur portable. Jovi clique sur “Publier”. Un gars en casquette, voix rauque, production étrange, langage de rue. Le clip de “Don 4 Kwat” est désormais en ligne. Pas de télé, pas de manager influent, pas de lancement officiel. Juste un lien sur Facebook, quelques potes, un public impatient de voir quelque chose de vrai.
Dans les heures qui suivent, les partages se multiplient. Le lendemain, c’est déjà trop tard : Jovi n’est plus un inconnu. Avec son label New Bell Music, Jovi va même imposer une esthétique : le Mboko, mélange de pidgin, de français, de langues locales et de sons expérimentaux. Une identité forte, née de la rue et d’internet, qui a inspiré toute une génération.

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Reniss: L’onde de choc de “La Sauce”
Quelque part en 2016, un refrain surgit sur les réseaux : “Dans la sauce, dans la sauce…” Quartier Briqueterie, midi.
Les mamans discutent autour des marmites, et quelque part, une petite enceinte crache un refrain répétitif.
Le morceau a déjà traversé les salons de coiffure, envahi les marchés, grimpé jusque dans les balcons des immeubles de Douala. Sur TikTok, les danseuses reprennent les pas en boucle. Sur Facebook, les commentaires pleuvent. Le clip dépasse les frontières sans passeport.
Avant même que la télévision ne s’y intéresse, Reniss est devenue une légende populaire. Un phénomène qui ne pouvait naître qu’en ligne, brut, coloré, et imprévisible.

Tenor : La chambre où tout a basculé
C’est une chambre étudiante ordinaire.
Un matelas. Une table bancale. Un téléphone tenu à bout de bras.
Tenor lance le freestyle. Il gesticule, rigole, improvise. Il ne sait pas, comment le pourrait-il ? qu’il vient d’allumer un incendie. La vidéo “Do le dab” se propage comme un virus heureux. Dans les rues, les enfants l’imiten. Dans les snacks, le morceau tourne sur les téléphones connectés aux enceintes. Sur WhatsApp, on se l’envoie comme un secret qu’il faut absolument partager.
Cette nuit-là, un destin s’est écrit.
Sans projecteur. Sans journaliste. Sans caméra télé. Tenor vient de découvrir que, parfois, un simple téléphone portable peut changer une vie.

*Maahlox : Le chaos créatif signé *
C’est dans un snack de Yaoundé que Maahlox est le plus à l’aise.
Il discute avec tout le monde, rit fort, provoque, dérange, fascine. Lui, c’est un enfant du terrain. Son public, il le prend dans la rue, dans les bars, sur Facebook, jamais dans les studios télé.
Quand “Ça sort comme ça sort” explose, on a l’impression que la ville entière l’avait déjà adopté avant même que la télévision ne l’ignore puis le rattrape.
Maahlox, c’est le rap conscient des trottoirs, la voix brute du quartier, le miroir sans filtre d’une jeunesse en colère.
Un artiste né du chaos, du buzz, de la rue.
Lui, ce n’est pas un buzz. C’est une déflagration. Maahlox n’a pas percé malgré internet. Il a percé parce que internet lui ressemblait.

Blanche Bailly, la star née dans l’objectif
Un matin, dans une petite chambre parisienne transformée en studio de fortune, Blanche Bailly tourne le clip de “Kam We Stay”. Elle travaille son image, son attitude, son style, son charisme.
Quand elle le poste sur YouTube, elle sait qu’elle joue gros. Mais les vues montent.
Les commentaires affluent. Le clip traverse la diaspora, puis revient au pays comme un boomerang triomphant.
Avant même qu’un animateur télé ne prononce son nom, les jeunes la surnomment déjà “l’ambassadrice du glamour camerounais”. Blanche Bailly appartient à cette génération qui comprend que l’image est une arme.
De là elle devient alors “la bombe” que tout le monde veut voir.

Happy d’Efoulan, l’enfant de TikTok
Au cœur d’un quartier animé, un jeune musicien rit avec ses amis. Il vient de sortir un titre, “Le goût de ça”.
Il ne sait pas que quelques kilomètres plus loin, une adolescente filme une danse sur TikTok. Que son challenge va devenir viral.
Que des milliers vont imiter ses pas.
Que son morceau va envahir les smartphones comme une euphorie contagieuse.
Le lendemain, le Cameroun entier danse.
Happy d’Efoulan est devenu un phénomène, sans passer une seule seconde à la télévision. Internet l’a porté, propulsé, transformé en phénomène.

La musique réinvente ses règles
Ils n’ont plus besoin d’une télévision pour exister. Les hits naissent dans les rues, dans les chambres, dans les stories et les partages instantanés. Chaque smartphone est un tremplin, chaque clic peut propulser un talent. Ils ont changé les règles, ouvert des portes et prouvé que la créativité ne connaît ni frontières, ni studios, ni horaires. La prochaine star est peut-être déjà là, derrière un écran, prête à faire vibrer un public qui n’a jamais été aussi connecté. La musique camerounaise s’écrit aujourd’hui où elle veut, quand elle veut et elle ne reviendra jamais en arrière.
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Diane Laure MISSEKOU





