À quelques jours de Noël, les vitrines se remplissent de jouets et les parents s’interrogent : que mettre sous le sapin ? Cette année, un objet en particulier suscite débats, adhésions et résistances : la poupée africaine. Longtemps absente ou marginalisée dans les rayons, elle revient aujourd’hui portée par des créateurs locaux et soutenue par certaines figures publiques.
Entre fierté assumée, réticences esthétiques et analyse psychologique, la poupée africaine révèle bien plus qu’un simple choix de cadeau.
Quand des stars assument un jouet engagé
Présentatrice télé et personnalité médiatique, MG fait partie de celles qui défendent ouvertement la poupée africaine. Sur ses réseaux sociaux, elle publie régulièrement des vidéos où elle coiffe patiemment les cheveux crépus de ses poupées, revendiquant ce geste comme un acte éducatif.
« On m’a souvent dit que les cheveux crépus des poupées africaines étaient difficiles à coiffer. Je l’ai fait. En coiffant leurs poupées, nos enfants apprennent à aimer leur texture, et à s’aimer eux-mêmes », confie-t-elle à Laura Dave Media.
Pour MG, le jeu devient un espace d’apprentissage émotionnel. Prendre soin de cheveux crépus, les démêler, les tresser, c’est déjà déconstruire l’idée selon laquelle cette texture serait un problème à corriger.

Pour ne rien rater sur l’actualité people abonnez-vous à notre chaîne whatsapp…👇🏿👇🏿
https://whatsapp.com/channel/0029Vax9xnDA89MjE14EYO2Q
Même conviction chez Falone Maty, artiste musicienne, pour qui la poupée africaine représente un véritable retour aux sources.
« Pendant longtemps, nos enfants n’ont connu que des poupées occidentales. La poupée africaine leur montre que ce qui est afro, noir, crépu peut aussi être beau et valorisé », explique-t-elle.
Si elle précise avoir majoritairement des garçons, l’artiste affirme sans hésiter qu’elle offrirait une poupée africaine à sa fille, convaincue qu’il s’agit d’un geste fort de transmission culturelle et d’estime de soi.

“Trop noire”, “pas jolie” : quand la poupée dérange
Mais la poupée africaine ne fait pas l’unanimité. Certains parents expriment un malaise, parfois brutal. Laetitia Memoli, journaliste, assume un regard critique : « Elles sont trop noires pour moi. Ma fille a fui ça », confie-t-elle.
Un rejet qui révèle une réalité plus profonde : même au sein des familles africaines, certaines représentations continuent de heurter. Pour certains parents, la poupée africaine reste associée à une esthétique jugée “dure”, “exagérée” ou éloignée des standards de beauté intériorisés depuis l’enfance.
Ces réactions traduisent une fracture générationnelle et culturelle. Là où certains voient un outil de valorisation, d’autres projettent leurs propres complexes non résolus. La poupée devient alors le révélateur silencieux de rapports ambigus à la couleur de peau, aux traits africains et à l’héritage culturel.
La poupée, un miroir psychologique puissant
Pour Rosine Ymele, psychologue de l’enfance, la question dépasse largement le cadre du jouet.
« La poupée n’est pas qu’un simple objet ludique ; c’est un miroir social et un outil majeur du développement psychologique », explique-t-elle.

Selon la spécialiste, la poupée est souvent le premier “autre” auquel l’enfant s’identifie. Lorsqu’elle lui ressemble — peau, cheveux, traits — elle valide son existence. « L’enfant intègre inconsciemment qu’il est digne d’attention, de soin et d’amour », souligne-t-elle.
À l’inverse, « l’absence de représentation ou l’omniprésence de poupées aux standards occidentaux peut provoquer une forme d’aliénation par l’image ». Des études célèbres, comme le Doll Test, ont montré que certains enfants noirs associaient très tôt le “blanc” au “beau” et le “noir” au “laid”.
Introduire des poupées africaines dans le jeu enfantin permet ainsi d’agir sur plusieurs plans : culturel, émotionnel et social. Pour les enfants afrodescendants, elles renforcent la sécurité affective ; pour les autres, elles développent l’empathie et normalisent la diversité dès le plus jeune âge.
Un cadeau, mais surtout un message
À l’approche de Noël, offrir une poupée africaine n’est donc pas un geste anodin. C’est parfois un acte militant, parfois un défi personnel, souvent un message silencieux transmis à l’enfant : tu es beau tel que tu es.

Entre résistances, adhésions et prises de conscience, la poupée africaine s’impose comme un objet culturel à part entière. Sous le sapin, elle ne promet pas seulement des heures de jeu, mais peut-être aussi les premières briques d’une estime de soi plus solide et plus apaisée.
Si cet article vous a intéressé, n’hésitez pas à cliquer ici
Sidoine FEUGUI





