En mai 2022, le crooner Armand Biyag devoilait aux mélomanes Camerounais son projet musical  »JAM ON THE ROAD » par deux concerts de hautes factures entre Douala et Yaoundé. Absent de la scène depuis lors pour des raisons de maladie, le multi-instrumentiste revient pour la toute première fois sur son opération chirurgicale et ses futurs projets lors d’une interview accordée à Laura Dave média.

Laura Dave Média : Bonjour Armand Biyag, bienvenue dans les locaux de Laura Dave Média.
Armand Biyag :
Merci, Bonjour.

Laura Dave Média : On vous surnomme  »l’homme orchestre » du fait de ce que vous maniez plusieurs instruments, comment arrivez-vous à concilier tout cela ?
Armand Biyag :
Je le fais simplement parce-que je le fais depuis longtemps. J’ai décidé de mettre sur ma scène un piano, un Tambour et un balafon tout simplement parce que je voulais diversifier ma musique. C’est seulement le travail, il faut s’habituer à le faire.

Laura Dave Média : Votre enfance s’est déroulée du côté du célèbre quartier Nkongmondo à Douala. Votre rêve était de devenir Footballeur, chose qui n’est pas aujourd’hui le cas. Comment avez-vous atterri dans la musique ? Quel a été l’élément déclencheur ?
Armand Biyag :
Moi honnêtement, je n’ai jamais visé la musique. C’est la musique qui m’a choisi, je me disais au départ que pour faire de la musique, il faut avoir une certaine stabilité, être indépendant. J’ai pensé jouer au foot et à la limite faire une carrière comme Yannick Noah mais les conditions n’étant pas, j’ai été attiré par la musique.
L’élément déclencheur vient des chorales et les musiques populaires que j’ai commencé à reprendre cela m’a permis d’animer dans des endroits. Et, à Nkongmondo j’ai eu une proposition de jouer dans un piano bar ça s’appellait le kilimat à l’époque. C’est ainsi que tout est parti, j’ai pris goût.

Laura Dave Média : Dans les débuts de votre carrière, on vous a connu en tant que chanteur de Cabaret. comment décrivez-vous cet environnement ? Quels sont les points hostiles qu’on peut en tirer ?
Armand Biyag :
A l’époque c’était des endroits de  »Voyous » mais, quand j’ai eu la chance d’avoir mon espace avec le Piano Bar ça allait mieux. Ça a toujours été un endroit bruyant.
Le Cabaret m’a beaucoup apporté surtout dans un pays comme le nôtre où il n y a pas de structure pour former les artistes, c’est la meilleure formation. C’est au cabaret que j’ai appris à chanter, je découvre d’autres registres. C’est là qu’on se découvre à travers les créations des autres.
Pour mon cas, c’est au cabaret que je découvre qu’on peux faire une chanson avec plusieurs tonalités.

Laura Dave Média : Vos trois albums (Mutbinam en 2010, Njan en 2016 et Jam en 2022) se singularisent par la valorisation de la langue bassa’a. Il y’a t-il quelque chose qui peut justifier ce choix ? Ou avez vous d’autres éléments que le grand public ignore ?
Armand Biyag : La vérité c’est que je ne peux pas mettre en avant ce que je ne connais pas! Si j’étais français j’aurais mis du français, je suis bassa’a et la meilleure façon pour moi de passer le message ou de m’exprimer, c’est par ma langue. C’est vrai que la musique n’a pas de langue, c’est la mélodie, tout ce qui nous entraîne mais la langue c’est une manière pour moi de m’affirmer.

Laura Dave Média : Vous restez visiblement très attaché aux éléments traditionnels à travers les percussions que vous utilisez. Malgré l’évolution technologique pourquoi cet attachement de votre point de vue ?
Armand Biyag :
Le fait qu’il y ait la technologie n’empêche pas aux balafons d’exister. Simplement parce-que je suis né dans le balafon et le tambour. Avec ces instruments je m’exprime mieux, le tambour me rappelle mon enfance.

Laura Dave Média : Vous avez décliné votre orientation en vous inspirant des grands noms de la scène musicale Camerounaise. Quelle anecdote pourriez-vous mettre en avant de votre votre parcours avec :

1- Richard Bona

Armand Biyag : Richard Bona c’est le déclic. J’étais un jeune gamin qui se cherchait entre le football et la musique et je me disais si je dois faire la musique je n’ai pas envie de faire une musique très bruyante, qui n’est pas réfléchie, une musique qui a beaucoup de parties, avec des notes, avec des accords et beaucoup de réflexions; Conciliation et thérapeutique, mais après tu te dis qui d’autre fait cela ? Tu découvres Richard Bona qui en fait déjà.

2- Étienne MBAPPE.

Armand Biyag : (rire), lui alors c’est un peu le côté traumatisant de la musique que j’ai eu parce que Étienne c’est plus mathématiques et complexe. Quand je le découvre je dis wouah… Chaque fois qu’on se voit, c’est toujours un plaisir d’échanger.

3- Ntumba Minka

Armand Biyag : Lui c’est quelques années avant son décès que j’ai fait sa rencontre. Je joue à Paris et je dois arranger un projet de Belka Tobis, et il me dit je ferai venir un bassiste, Ntumba Minka. Quand je le rencontre en face c’est un coup de fouet.

4- Manu Dibango

Armand Biyag : Oula c’est la grosse claque pas dans le sens de la démonstration mais plutôt de l’humilité et l’accessibilité. Richard c’est impressionnant, Étienne oui mais quand on parle de Manu Dibango c’est la sommité. Tout petit je le voyais dans nos livres, quand j’ai eu la chance de le rencontrer par le biais de sa fille adoptive Gaëlle Wondje c’était incroyable. Je voulais reprendre son titre  »Soma Loba » à ma sauce et j’ai fais un DVD je lui ai envoyé malheureusement je n’ai pas eu de retour. J’ arrive à Paris chez lui et il m’explique qu’il fait 8heures de saxophone par jour et je lui demande pourquoi ? Et lui de me répondre, si tu arrêtes de faire tes 8h de gammes par jour, tu es Manu Dibango de nom, mais le jour où on t’invite sur scène, il y’a un petit là qui a à peine 16ans qui peut te ravir la vedette. C’est lui qui dis que le sommeil n’existe pas. Il m’a permi de me recadrer dans le travail et de savoir qu’après le sommeil c’est la chute.

Laura Dave Média : Toutes ces icônes qui ont forgé l’artiste que vous êtes n’ont pas à un moment dénaturé votre orientation musicale ?
Armand Biyag :
Non au contraire ça m’apporte le côté exigeant . Avant eux, j’avais déjà ma petite idée de la musique mais j’ai une identité à révéler et je pense qu’avec le temps ça sera fait. Je ne suis pas pressé.

Laura Dave Média : Après l’album  »Njan » en 2016, on vous a vu le projet  »Adna » aux côtés des artistes Andy Jamea, Final D des Bantou Posi, Roger des X-maleya. C’était quoi la Mission derrière ce projet ?
Armand Biyag :
La mission était de réconcilier le peuple, commençant par nous, le peuple bassa’a et par la suite les autres parce que le groupe identitaire n’est pas interdit, ca solidifie le peuple.

Laura Dave Média : Avec un regard retropectif 4 ans après ce projet, ou en êtes vous ? pensez vous que les objectifs ont été atteints ?
Armand Biyag :
Sincèrement quand on pose la question sur ce projet , je veux renvoyer les gens chez le boss qui est Roger. C’est Roger qui a initié le projet, je suis juste participant comme Andy, Final D. J’ai donné ce qu’on m’a demandé de donner et si on me rappelle je reviendrai.
Le projet a été réalisé, il a réconcilié beaucoup personnes devant moi mais est-ce qu’il a touché tout l’ensemble ? je ne sais pas.

Laura Dave Média : Vous avez présenté au mois de Mai dernier votre récent album que vous avez baptisé  »Jam ». Quelle est l’histoire et que représente cet album pour vous ?
Armand Biyag :
Déjà Jam n’est pas un album. En mai 2022, j’ai présenté JAM ON THE ROAD qui est le concert qui accompagne l’album que je dois présenter au public très bientôt.
En présentant le spectacle, on a sorti quelques disques pour les journalistes pour écouter et avoir une idée. Quand je fait un album, je le présente avec un spectacle qui va avec et là je le fais ainsi. Mon but est de monter un spectacle live qui va tourner parce que dans mon pays les droits d’auteurs sont un gros casse-tête et je préfère commencer par ce qui va être plus accessible.

Ce projet est né d’une résidence de création qui a eu lieu à la cité des arts de Paris et, celle-ci avait pour but de présenter un projet que j’ai nommé « Makunè Jam ». Le Makunè qui est un rythme de chez moi et Jam c’est partager avec d’autres et aujourd’hui j’ai pu sortir de celà  »Jam on the road », un partage avec d’autres musiciens, d’autres cultures. Cet album sera un résultat de plusieurs influences et c’est une occasion de rassembler des peuples.

Laura Dave Média : Les couples d’artistes ont pignon sur la rue mais, posent beaucoup de questions quant-à la stabilité et la durée de leurs unions. Quel est votre secret et que pensez-vous que vous avez de different par rapport aux tumultudes qu’on rencontre dans d’autres couples ?
Armand Biyag :
La vérité est qu’il n y a pas de différence. Nous formons un couple comme tout le reste et quand il y a un problème, il faut trouver des solutions. Je suis toujours partie, elle également, ça se gère. Il y a des joies, il y a des peines, nous sommes uni pour le meilleur et pour le pire. C’est même plus intéressant parce-que si j’avais épousé une bureaucrate elle serait très malheureuse, Gaelle est compréhensive.
Il y a une grosse complémentarité entre nous musicalement parlant. Quand j’arrive dans le métier, je trouve Gaëlle qui a beaucoup d’expérience, elle m’apporte énormément. C’est elle qui me fait découvrir le côté positif que j’ai du chant, elle m’a coaché vocalement sur tout mes projets et vice-versa.

Laura Dave Média : Quand on a du succès, quand on est également sur scène forcément on a beaucoup de regards de la part des femmes, comment gérez-vous cela quand on s’imagine qu’il y’a parfois des avances?
Armand Biyag :
Ça c’est une question !!!
Quand on a du succès dans tout les cas, on a des avances… Il y’a des avances mais quand on a décidé de se fiabiliser, ou de signer des accords et principes il y’a un minimum de respect.

Laura Dave Média : Il y a quelques semaines, nous avons appris que vous avez subi une opération chirurgicale hors du cameroun, déjà, comment vous vous portez ? Est-ce qu’il est possible de savoir ce qui a été l’objet de cette opération ?
Armand Biyag :
Je me porte bien, j’ai perdu un peu de kilos mais je vais bien.
J’ai été victime d’une tumeur bénigne au cerveau. Elle date de plus de 10 ans, je découvre que j’étais un vivant mort. J’avais constamment des maux de tête, des migraines qui n’en finissaient pas, je marchais toujours avec des calmants et a un moment ça été très violent. La période de maladie est arrivée avec mon épouse ont a pu gérer les douleurs, j’ai été opéré avec succès. Je prends des médicaments et tout se passe à merveille.

Laura Dave Média : Comment ça s’est passé le temps de la découverte et de l’opération ?
Armand Biyag :
J’ai passé pratiquement deux mois de maladie Intense à un moment j’ai perdu la vue, le nerf optique était oppressé par la tumeur. Je ne savais pas ce que j’avais, j’ai fait des examens qui ne révélaient rien, je ne voulais pas alarmer les gens mais c’était pénible.
Heureusement j’ai la chance d’avoir des personnes qui m’ont accompagné dans ce processus, je ne citerai pas les noms mais j’en profite pour leur dire merci.

Laura Dave Média : Comment avez-vous l’information sur votre état de santé et quels sont les répercussions sur votre métier ?
Armand Biyag :
C’est vrai que ça détruit de savoir que certains pensent que tu es mort alors que tu es encore vivant. J’ai été un peu inconscient mais pas mort. Le plus important c’est pas comment je me sentais mais c’est comment je me sens aujourd’hui.

Laura Dave Média : Apres la maladie et l’opération, quand Armand Biyag sort de ces étapes qu’est-ce qu’il se dit?
Armand Biyag :
Pour n’avoir jamais eu ce genre de maladie, j’étais sûr que j’étais parti mais après, effectivement quand tu ressors, tu te fais des compromis. Je vais à l’essentiel parce que si je suis revenu c’est pour aller plus loin. On a la niaque.

Laura Dave Média : Quelles sont les éléments les plus difficiles à appréhender pour votre type de carrière ?
Armand Biyag :
Le plus difficile c’est de savoir que les opportunités ne sont pas très présentes surtout quand on est pas partout en même temps. Dans mon cas, je suis patient. On devrait parler de carrière musicale quand on a suffisamment fait ce qu’on sait faire notamment de date, des vraies d’ailleurs, des albums, à présenter ces albums dans les lieux adéquats.

Laura Dave Média : On voit dans votre style et surtout celui de votre épouse de la décence sur le plan vestimentaire, vos tenues de scène, aujourd’hui il y’a un débat sur les orientations liées au choix vestimentaire et parfois l’absence de décence de certains artistes. Débat parois très houleux sur les réseaux sociaux, quel est votre avis sur cette question ? Globalement, quel conseil donnez-vous aux jeunes par rapport à celà ?
Armand Biyag :
Je pense qu’il faut faire la part des choses entre musiciens et stars, il y’a pleins de stars mais pas de musiciens. Chacun à son niveau sait comment il vend son art. Moi je vend mon art avec mes instruments, il y en a qui le font en présentant les parties intimes de leurs corps.

Laura Dave Média : Que prévoit la suite de  »Jam » ?
Armand Biyag :
Pour les prochaines journées, je dois présenter en grand public mon album avec plusieurs spectacles au pays et à l’extérieur et partager des scènes avec ceux que je vais croiser sur ma route.

Des dates ne sont pas encore calées mais on verra, d’ici février à mars 2023.

Laura Dave Média : Votre mot de fin ?
Armand Biyag :
Merci a tous ceux qui m’ont apporté le soutien pendant cette période difficile, mon épouse et les autres.

Que le seigneur vous bénisse.

Propos recueillis par Serge Bonny.

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